Aujourd’hui j’ai eu envie de vous parler d’un petit bonbon que je viens de terminer. Voleuse est un roman graphique de Lucie Bryon, édité chez Sarbacane.
Voleuse c’est l’histoire d’Ella, jeune lycéenne qui partage son temps entre les cours, les soirées dans lesquelles elle s’incruste, Leslie sa BFF et bien sûr : Madeleine. Madeleine c’est une autre lycéenne qui n’a qu’une heure de cours en commun avec Ella et dont notre jeune héroïne est folle amoureuse. Bien sûr elle ne lui a jamais parlé mais ça ce n’est pas important. Alors lorsqu’Ella (et Leslie) s’invitent à une soirée qui a lieu dans une immense maison bourgeoise, le hasard fait qu’elles tombent sur Madeleine, ce qui ne faisait pas vraiment partie de leur plan. Perturbée (mais heureuse) la jeune fille boit un peu plus que de raison ce soir là… Le lendemain matin, alors qu’elle se réveille tranquillement chez elle, elle se rend compte qu’elle n’est pas rentrée les mains vides ! Commence alors pour Ella une longue quête pour essayer de réparer ses erreurs…
Mais cette histoire c’est aussi celle de Madeleine. Jeune lycéenne renfermée, qui n’a pas beaucoup d’ami.es. Jusqu’au jour où elle profite de l’absence de ses parents pour organiser une fête. Ce qu’elle attend de cette soirée ? A vrai dire pas grand chose, peut être attirer l’attention d’Ella, qui semble si sûre d’elle et bien dans sa peau. Le lendemain de cette soirée, quand Madeleine apprend qu’Ella est rentrée tard (et passablement saoule) la jeune femme prend son courage à deux mains et décide de lui rendre visite pour s’assurer qu’elle va bien. Mais ce que Madeleine ne sait pas encore, c’est que cette rencontre va l’obliger à dévoiler l’un de ses plus sombres secrets…
Voleuse est une bd à la fois drôle et touchante qui parvient à mettre en scène une romance entre lycéennes loin de tout cliché. Il va être question d’orientation sexuelle, de harcèlement, de kleptomanie… des thèmes sensibles qui sont ici traités avec justesse, sans pathos ni violence gratuite. Le graphisme lui, oscille entre une ligne claire moderne et des expressions plus proches de celles des héroïnes de manga.
Pour tous.tes les lecteur.ices dès 13/14 ans, qui veulent une histoire d’amour originale et une happy end à la morale un peu douteuse, mais qui fait tellement de bien. Voleuse n’est pas LA bd dont vous ne pourrez pas vous remettre, elle n’est pas inoubliable, mais elle est douce, elle remonte le moral et redonne fois en l’adelphité. Et franchement, c’est déjà pas mal.
À Perdido, les femmes se moquaient toujours des hommes. Les Yankees de passage logeaient à l’Osceola, discutaient avec les propriétaires des scieries, faisaient leurs courses dans des boutiques tenues par des hommes et se faisaient couper les cheveux par un homme en bavardant avec une clientèle masculine, sans jamais se douter une minute que c’étaient en réalité les femmes qui dirigeaient la ville.
McDowell
Blackwater le dernier né de la maison d’édition bordelaise Monsieur Toussaint Louverture m’a tout d’abord interpellé par sa couverture et son prix. Encore une fois le travail éditorial et le soin accordé à la création du livre en font un objet original et de qualité. Le côté « série » (un tome toutes les deux semaines) a continué à m’intriguer… Mais ce qui a fini de me séduire c’est évidemment l’intrigue ! Alors venez avec moi, enfonçons nous dans les bois mais prenons garde à la crue…
Notre histoire débute à Pâques 1919, dans la petite ville de Perdido, située au nord de l’Alabama quand cette dernière est frappée de la pire crue de son histoire de mémoire d’Homme. Enfin en l’occurrence de mémoire de femmes, car ici se sont elles qui tiennent d’une main de fer les plus grosses propriétés terriennes. Le roman commence donc lorsque Oscar Caskey, fils de Mary-Love Caskey et gérant de l’une des principales scieries qui représente la seule industrie de Perdido, décide de partir à bord de son canot avec l’aide de son fidèle bras droit, Bray, pour mesurer l’étendue des dégâts. C’est alors que dans des circonstances pour le moins étranges, ils vont faire la rencontre d’une personne qui ne l’est pas moins ! Commence alors pour le clan Caskey une lutte interne qui, dès ce premier tome, laisse présager le pire pour la suite…
Blackwater se lit comme on regarde une série. Dès les premières pages l’auteur nous plonge dans l’ambiance étouffante et humide de cette petite ville américaine refermée sur elle-même. Dans une Amérique où l’esclavage n’existe plus, mais les inégalités et les intrigues sont toujours bien présentes… Un roman addictif et surprenant, qu’on dévore en peu de temps et qui a encore beaucoup de secrets à nous dévoiler…
Diffusé à partir d’avril 2020 le podcast de Judith Duportail « Qui est Miss Paddle ? » est une série audio auto-fictionnelle dans laquelle la journaliste se questionne sur sa pratique des réseaux sociaux et plus précisément d’Instagram. Il existe également une version « papier » mais j’ai ici décidé de vous parler du podcast et non du livre.
L’ouvrage adapté du podcast
Tout commence quand, un beau matin alors qu’elle ouvre machinalement l’application (un geste que nous sommes très nombreux.ses à faire sans vraiment y penser) la suggestion de contenu personnalisé d’Instagram lui propose de suivre le profil d’une influenceuse. Sur la photo on voit cette instagrameuse poser à 4 pattes de manière suggestive sur une planche de paddle. Jusque là rien d’anormal, chacun est libre de pratiquer le sport de son choix de la manière qu’il.elles le souhaitent. Mais tout se complique lorsque notre narratrice découvre parmi ses connaissances abonné.es au profil de « Miss Paddle » le profil de son compagnon. Pire, celui-ci a aimé et commenté de très nombreuses publications de l’influenceuse. A partir de là Judith devient obsédée par le profil de la jeune femme et surtout par la question « Qui est Miss Paddle ? ».
Il est difficile de vous en dire plus sur le podcast sans trop en dévoiler. La série est courte : seulement 6 épisodes de 15 min environ. Si le thème principal semble être comme annoncé le danger d’addiction que représentent les réseaux sociaux et les dérives du « culte du corps parfait », on comprend au fil des épisodes que le problème n’est pas celui que l’on pense. Je ne saurai que trop vous recommander l’écoute de ce podcast que j’ai pour ma part eu beaucoup de mal à mettre en pause et que j’aurai voulu écouter d’une seule traite, malgré les thèmes parfois sensibles.
Si vous accrochez à l’histoire de Miss Paddle je vous recommande le précédent ouvrage de l’autrice « L’amour sous algorithme » qui interroge le fonctionnement des applications de rencontre et notamment celui de Tinder, ainsi que la Bd « Tant pis pour l’amour » de Sophie Lambda, qui traite du sujet des pervers narcissiques et de l’emprise que certaines personnes peuvent avoir sur d’autres.
Découvrez l’histoire de Sandrine, étudiante en lettres qui va subitement voir sa vie changer. Son secret : telle une cendrillon moderne un simple vêtement va révéler sa vraie nature et la rendre enfin visible aux yeux des hommes.
Bastien Vivès est un scénariste et dessinateur de bande dessinée français, notamment connu pour avoir co-créé la série de « manga français » Lastman. Il se fait connaître du grand public en 2009 grâce à son roman graphique Le gout du chlore qui reçoit le prix Révélation au festival d’Angoulême.
Bastien Vivès lors d’une rencontre organisée par la librairie Mollat à Bordeaux.
Le chemisier paru en 2018 est le 13 ème roman graphique qu’il signe de son vrai nom. Il raconte l’histoire de Sandrine, étudiante en lettres qui va subitement voir sa vie changer. Son secret : telle une cendrillon moderne un simple vêtement va révéler sa vraie nature et la rendre enfin visible aux yeux des hommes.
Avant de continuer la lecture je tiens à préciser que je vais spoiler la quasi intégralité de la BD. J’ai également décidé de nommer tous les personnages secondaires selon leur fonction plutôt que par leur vrai nom pour la simple raison que la plupart n’en possèdent pas.
Résumé de l’histoire
Quand le courage réside dans un 90 D :
Sandrine (notre héroïne) est le stéréotype même de l’étudiante en lettres. Torturée, mal dans sa peau, trop intelligente et sensible pour ce monde. Studieuse, elle travaille beaucoup et sérieusement, révise même lors des week-ends en famille. Renfermée sur elle-même, elle semble invisible aux yeux de tous. Elle est en couple depuis une période que l’on suppose assez importante avec celui que nous appellerons « Petit-copain ». Le temps de Sandrine est partagée entre ses cours, ses lectures, les séries le soir avec Petit-copain et les quelques week-ends en famille ou les rares soirées avec les ami.es de Petit-copain.
Un soir, lors d’un baby-sitting (son travail étudiant) la petite fille qu’elle garde se sent mal et lui vomit dessus. Sandrine est très embêtée mais heureusement, le père de la petite, que nous appellerons « Gentleman » arrive à ce moment là et offre aimablement à la jeune femme d’enfiler un chemisier en soie appartenant à sa femme. Sandrine d’abord gênée (la bd nous a subtilement montré auparavant que Gentleman est très riche) refuse en voyant la marque du vêtement. Mais Gentleman insiste et notre héroïne fini par accepter de se déshabiller dans la salle de bain, loin des regards de Gentleman et de la petite fille. C’est en enfilant ce chemisier que Sandrine prend soudain conscience qu’elle n’est pas juste une jeune étudiante mal dans sa peau, mais une jeune étudiante mal dans sa peau dotée d’une énorme paire de seins, d’une taille très fine et de jambes fuselées. Gentleman lui fait remarquer que le chemisier lui va très bien mais ne s’attarde pas plus, c’est un vrai gentleman voyons. A partir de là notre héroïne pleine d’une confiance nouvelle, uniquement dû au regard insistant des hommes, s’affirme et ose être celle qu’elle a toujours voulu devenir. En l’occurrence une femme instable, dangereuse pour son entourage et pour elle même, remarquée uniquement pour son corps, duquel les hommes disposent d’ailleurs allègrement.
Après moult péripéties Sandrine fini par prendre conscience qu’un bout de tissu ne peut pas faire son bonheur et essaie de reprendre sa vie en main. Et puis finalement non, elle retombe dans ses travers, tout ça devant les yeux ébahi d’une petite fille qui n’avait rien demandé et surtout qui n’avait rien à faire là.
Mon avis
Je pense que le chemisier est une bande dessinée misogyne, raciste et problématique.
Entre pédopornographie et sexisme
Au delà du portrait extrêmement caricatural et sexiste qu’il fait de son héroïne, on retrouve le panel habituel de la « virilité toxique » : son employeur montré comme paternaliste qui saura la réconforter (comprendre coucher avec quand elle se sent seule et fragile), son prof de fac qui n’hésite pas à lui faire des avances, le policier avec qui elle aura une aventure qui la gifle en pleine rue et ne respecte pas son consentement lors d’un rapport sexuel…. Sans compter les représentations des hommes racisés qui sont tous montrés comme violent, qui ne sont jamais nommé et que l’on nous présente seulement comme entrain d’agresser Sandrine (physiquement, verbalement…).
Mais Sandrine n’est malheureusement pas le seul personnage a être sexualisé par l’auteur : dès les premières pages, pendant la scène où Sandrine lit une histoire à la petite fille qu’elle garde, la petite décide de lui montrer sa vulve. Notre héroïne réagit immédiatement (encore heureux) et lui explique qu’il ne faut pas le faire. Certes, mais quel besoin de représenter la vulve d’une enfant si jeune en gros plan dans un roman graphique pour le grand public ? De manière totalement gratuite qui plus est. Quant aux autres personnages féminins dans la BD, vous pouvez toujours les chercher. Si il y en a (il faut bien peupler les décors) elles sont totalement anecdotiques, ne parlent pas ou quasiment pas, n’interagissent que très rarement avec l’héroïne et sont rarement présents plus de 2 cases.
Un peu de racisme et de mépris de classe en prime ?
Un des problèmes majeurs de la BD que je n’ai pas encore réellement détaillé est son racisme et son mépris pour les banlieues. Dès le moment où Sandrine rencontre « Policier » celui-ci n’a qu’un mot à la bouche « ça va péter » et par là (on le comprend en lisant la suite) il entend que les « gens de banlieues » sont entrain de préparer quelque chose. Et évidemment, quelques pages plus tard, alors que Sandrine, affaiblie, en état de choc après ce qui est ni plus ni moins qu’une suite de violences exercées sur elle par « Policier » se retrouve dans une gare, un homme s’écrit « Allah akbar » avant de se faire exploser. Donc la BD s’évertue à continuer de propager l’idée selon laquelle les gens vivant en banlieue sont des terroristes et que le flic hyper vigilent et violent avait finalement raison. Théorie que l’auteur continuera à défendre notamment dans sa bd « 14 juillet », que je déconseille également ! A d’autres moments de la BD, nous verrons aussi différents hommes racisés agresser verbalement et physiquement Sandrine qui, heureusement, trouvera toujours un gentil homme blanc pour lui venir en aide.
Le mot de la fin
J’ai donc personnellement réellement détesté cette bd mais je vous invite à la lire (en bibliothèque de préférence, afin de ne pas avoir à l’acheter) afin de vous faire votre propre avis !