Laila Starr, la déesse de la mort sublime la vie

Le scénariste Ram V nous avait déjà ébloui avec le sublime These Savage Shores, publié par la talentueuse équipe de chez Hi Comics en France. Son tout nouveau récit, The Many Deaths of Laila Starr, dont les critiques outre-atlantiques s’accordaient à dire qu’il était encore meilleur que ses précédents ouvrages, était donc très attendu chez nous. Publié chez Urban Comics, la bande-dessinées tient toutes ses promesse et va même bien au delà.

Tout débute au milieu des gratte-ciels de Bombay: c’est ici que naît Darius. S’il n’a, d’apparence, rien de spécial, ce bébé est tout de même destiné à changer la face de l’humanité. Les dieux en sont persuadés, c’est cet humain qui, une fois adulte, trouvera le remède contre la mort, la clé de l’immortalité. La réaction du Panthéon est immédiate, la déesse de la mort n’ayant plus aucune utilité, celle-ci est renvoyée. Condamnée à une vie de mortelle, son âme est transférée dans le corps de Laila Starr, adolescente qui vient de faire une chute fatale de plusieurs étages. La mort, convaincue qu’elle est essentielle à l’humanité, va tout faire pour que Darius n’accomplisse jamais sa destiné. Quitte à mourir. Plusieurs fois.

Nous sommes forts, nous les mortels.

Nous vivons parce que nous les désirons ardemment.

Tu comprends ?

Chaque battement de cœur, chaque souffle…

C’est un rejet de la mort.

Une édition soignée (heureusement)

Pour rendre hommage au trait de Filipe Andrade, Urban Comics a mis les petits plats dans les grands. Si les lecteurs de comics sont habitués à leur direction artistique très linéaire (dos noir, titre sobre) qui rend plutôt bien une fois rangée dans une bibliothèque, on aurait pu redouter que ce format (qui devient de plus en plus petit) soit beaucoup trop serré pour un récit tel que Toutes les morts de Laila Starr. Heureusement (et c’était nécessaire), Urban a, pour une fois, dérogé à sa propre règle et a directement publié la bande-dessinée dans sa collection grand format. Des pages agrandies rendent hommage à l’esthétique dans laquelle le comics nous plonge. Entre la réalité crue des mortels luttant à chaque instant contre la mort et l’onirisme dans laquelle cette dernière nous plonge parfois.

Ram V au sommet de sa forme

Dans son précédent gros récit indépendant, These savage Shores, l’auteur nous livrait une histoire complexe, très bien structurée mêlant colonialisme et vampires. Ici, Ram V s’attelle à un exercice totalement différent. Le scénario de Laila Starr est beaucoup plus simple, beaucoup plus linéaire. Loin d’être un défaut, c’est ici que réside la plus grande qualité du comics. La mort, l’immortalité sont des thèmes simples, universels qui n’ont pas besoin d’êtres portés par une intrigue à tiroir ou à rebondissement. Ceci, le scénariste l’a très bien compris. C’est cette simplicité qui nous entraîne aux côtés de Laila Starr et de Darius. Ce qui n’empêche pas l’auteur de se permettre quelques élégances de narration, notamment lors d’un chapitre qui adopte un point de vue particulier.

The Many Deaths of Laila Starr se lit comme un poème. Doux et brutal. Sensuel et mélancolique. Joyeux et désespéré. Un chant d’espoir et un appel à l’aide. Un cri de guerre et une crise de larmes. C’est un appel à la vie. Un crachat à la gueule de la mort. C’est aussi une lettre d’amour à cette dernière sans qui, finalement, la vie ne serait pas grand chose.

Qu’y a-t-il au delà de l’horizon ?

Ai-je murmuré à la mer vaillante.

Et elle m’a répondu, au gré d’une vague douce et bienveillante,

De l’amour et des erreurs, des victoires et des peines de cœur.

Moi qui pensait que tout ça était déjà dernière moi.

Netflix massacre Massacre à la tronçonneuse

La plateforme de SVoD nous offre un désastreux périple entre le Texas et le mauvais goût en se la jouant millenials.

En 2018, arrivait dans les salles obscures Halloween, réalisé par David Gordon Green. Ce nouveau long-métrage se voulait un remake du chef-d’oeuvre de Carpenter tout en étant en même temps la suite de ce dernier. Ainsi, Jamie Lee Curtis reprenait son rôle culte de Laurie pour devenir la chasseresse de son némésis, Michael Myers, et obtenir, 40 ans après, sa vengeance, la paix ou les deux. Bien qu’il ne soit pas le premier à être un remake/suite en même temps, ce Halloween lance une vague de films d’horreur qui reprennent la même formule et qui nous hurlent au visage: « Regarde comme je suis méta et conscient que je suis là pour tenter de ressusciter une licence à bout de souffle car il est visiblement impossible d’accoucher des films d’horreur originaux »(aux Etats-Unis), du moins si on ne s’appelle pas James Wan. Si nous ne sommes jamais à l’abri d’une bonne surprise, comme l’excellent Candyman, d’autres long-métrage arrivent à être à côté de la plaque à un point qui force le respect.

Il est laid, le film aussi.

Le film s’ouvre sur un documentaire qui retrace les événements auxquels nous assistons dans le premier Massacre à la tronçonneuse. Quelques minutes suffisent pour nous présenter un groupe de jeunes influenceurs citadins et qui ont pour projet d’acheter une petite ville -rien que ça- texane déserte pour la transformer en une sorte de ZAD mais pour bourgeois. Cette ville, c’est Harlow, décor de meurtres atroces qui ont été commis à la tronçonneuse sur un groupe de jeunes il y a une quarantaine d’années. Notre groupe de personnages principaux doit se rendre dans la ville pour la rendre présentable pour accueillir les futurs investisseurs du projet. Une fois le traditionnel passage à la station service avec l’inquiétant pompiste évacué, nos joyeux lurons arrivent dans le lieu qui nous intéresse.

Seul hic, un drapeau sudiste orne encore une habitation. Voilà qui pourrait faire bien mauvais genre pour l’Instagram de nos chers influenceurs, qui, ni une ni deux, décident de décrocher le dit-drapeau. A l’intérieur de la maison, une vieille femme prétend ne pas voir le mal à afficher un tel drapeau et explique qu’elle refuse de quitter les lieux. Un autre habitant occupe les lieux, mutique et géant. Aussi subtilement qu’un roman de Frédéric Beigbeder, le film nous fait comprendre qu’il s’agit de Leatherface -incroyable retournement n’est-ce pas ?Une crise cardiaque et une mamie morte plus tard, le tueur décide de renouer avec ses vieux vices et d’assassiner sauvagement tout ce qui bouge. Dans le même temps, Sally, final girl du premier volet entend un signal de détresse et comprend que son ancien ennemi a repris du service. Doté d’un arsenal à faire pâlir Rambo, elle décide d’à son tour devenir la chasseresse.

Sans doute une spectatrice du film, mais on a pas de preuve.

Massacre à la tronçonneuse est une saga en dents de scie, pourtant ce nouveau et neuvième volet réussit à atteindre des tréfonds du cinéma d’horreur dans un Tartare que n’atteignent même pas les Ouija ou autres American Nightmare, et ce pas seulement sur la forme mais aussi sur le fond. En effet avec ce long-métrage, le grand penseur-réalisateur David Blue Garcia nous gratifie de son point de vue sur la société. Ainsi, avec ses personnages principaux qui deviendront les victimes de Leatherface, c’est toute la jeunesse américaine que le metteur en scène veut représenter. Ces méchants bobo-gauchistes ont commis le crime de vouloir cancel le drapeau sudiste et devront payer pour ça. Le réalisateur ne cesse de montrer que ces vilains wokes ne sont rien sans leur portable et que les vrais problèmes ne peuvent être réglés que par des texans pur-jus pro-armes qui eux, virils comme les vrais hommes le sont, savent se démerder.

Le long-métrage insiste bien sur le fait que le tueur ne fait que réagir aux actions des personnages principaux, pas l’inverse. C’est la faute des victimes si elles se font tuer. Le parti que prend le réalisateur est clair : les personnages qui sont censés représenter cette jeunesse américaine sont tous incroyablement antipathiques. Leurs meurtres, plus horribles les uns que les autres, sont réalisés avec une légèreté qui laisse peu de doute sur ce que le réalisateur pense des jeunes de son pays. La confrontation entre jeunes progressistes et Leatherface, incarnation du Texas, est pourtant un sujet dont le genre horrifique pourrait s’emparer. Garcia passe cependant complètement à côté en caricaturant ses personnages en bourgeois-influenceurs insupportables, reprenant ainsi les codes de l’extrême-droite américaine qui ne cesse de brailler sur le wokisme ou la cancel culture.

Rare image de wokes en train de cancel un Texan

Le film a la décence de ne faire qu’une heure et vingt minutes, au moins, ça passe plutôt vite. Pourtant, il faut quand même une cinquantaine de minutes aux scénaristes du film pour se rappeler que l’intitulé du long-métrage implique la présence d’une tronçonneuse. Les meurtres, pensés comme dérangeants et dégoutants dans le film original, ne sont ici qu’un amoncellement de scène gores censées nous faire vibrer mais réalisées sans la moindre originalité dans la mise en scène. On pose la caméra à un endroit au hasard, et on regarde l’action passivement. Aucune tension n’est créee -ni même tentée- à aucun moment. Jamais le spectateur n’est inquiet, ne sachant d’où le danger va survenir. Garcia transforme la figure de Leatherface, humain complètement mortel avec (quelques) sentiments, en Michael Myers, figure du mal absolu quasi-invulnérable aux balles de toutes sortes.

Faire revenir Sally était une idée qui aurait pu être une idée intéressante. Les meurtres du film original sont particulièrement atroces, et les épreuves qu’elle traverse à la fin du film ont de quoi faire trembler n’importe qui. Montrer les conséquences de ce vécu 40 ans après aurait pu s’avérer une bonne idée. Le personnage est cependant traité exactement de la même manière que l’est Laurie dans le Halloween de 2018, il méritait mieux qu’une repompe d’un autre film en moins bien. L’interprétation de l’actrice Olwen Fouéré (qui n’est pas l’interprète originale, cette dernière étant décédée) ne sauve rien. D’ailleurs aucun comédien ne tente quoi que se soit pour tenter de remettre le train sur les rails. Conscients de ce dans quoi ils jouent, tous se contentent du minimum, réciter leurs répliques sans aucune volonté de faire passer la moindre émotion.

Aucun rapport mais ce film donne envie de caner

Aux amateurs du premier Massacre à la tronçonneuse ou tout simplement du genre horrifique, on ne saurait trop conseiller de passer leur chemin. Si ce n’est pas encore fait, on vous recommande le récent Halloween ainsi que l’excellent remake/suite de Candyman qui, dans le même genre, réussissent à rendre hommage à l’oeuvre originale tout en inventant quelque chose de nouveau pour la licence.