Bastien Vivès est un scénariste et dessinateur de bande dessinée français, notamment connu pour avoir co-créé la série de « manga français » Lastman. Il se fait connaître du grand public en 2009 grâce à son roman graphique Le gout du chlore qui reçoit le prix Révélation au festival d’Angoulême.

Le chemisier paru en 2018 est le 13 ème roman graphique qu’il signe de son vrai nom. Il raconte l’histoire de Sandrine, étudiante en lettres qui va subitement voir sa vie changer. Son secret : telle une cendrillon moderne un simple vêtement va révéler sa vraie nature et la rendre enfin visible aux yeux des hommes.
Avant de continuer la lecture je tiens à préciser que je vais spoiler la quasi intégralité de la BD. J’ai également décidé de nommer tous les personnages secondaires selon leur fonction plutôt que par leur vrai nom pour la simple raison que la plupart n’en possèdent pas.
Résumé de l’histoire
Quand le courage réside dans un 90 D :
Sandrine (notre héroïne) est le stéréotype même de l’étudiante en lettres. Torturée, mal dans sa peau, trop intelligente et sensible pour ce monde. Studieuse, elle travaille beaucoup et sérieusement, révise même lors des week-ends en famille. Renfermée sur elle-même, elle semble invisible aux yeux de tous. Elle est en couple depuis une période que l’on suppose assez importante avec celui que nous appellerons « Petit-copain ». Le temps de Sandrine est partagée entre ses cours, ses lectures, les séries le soir avec Petit-copain et les quelques week-ends en famille ou les rares soirées avec les ami.es de Petit-copain.
Un soir, lors d’un baby-sitting (son travail étudiant) la petite fille qu’elle garde se sent mal et lui vomit dessus. Sandrine est très embêtée mais heureusement, le père de la petite, que nous appellerons « Gentleman » arrive à ce moment là et offre aimablement à la jeune femme d’enfiler un chemisier en soie appartenant à sa femme. Sandrine d’abord gênée (la bd nous a subtilement montré auparavant que Gentleman est très riche) refuse en voyant la marque du vêtement. Mais Gentleman insiste et notre héroïne fini par accepter de se déshabiller dans la salle de bain, loin des regards de Gentleman et de la petite fille. C’est en enfilant ce chemisier que Sandrine prend soudain conscience qu’elle n’est pas juste une jeune étudiante mal dans sa peau, mais une jeune étudiante mal dans sa peau dotée d’une énorme paire de seins, d’une taille très fine et de jambes fuselées. Gentleman lui fait remarquer que le chemisier lui va très bien mais ne s’attarde pas plus, c’est un vrai gentleman voyons. A partir de là notre héroïne pleine d’une confiance nouvelle, uniquement dû au regard insistant des hommes, s’affirme et ose être celle qu’elle a toujours voulu devenir. En l’occurrence une femme instable, dangereuse pour son entourage et pour elle même, remarquée uniquement pour son corps, duquel les hommes disposent d’ailleurs allègrement.
Après moult péripéties Sandrine fini par prendre conscience qu’un bout de tissu ne peut pas faire son bonheur et essaie de reprendre sa vie en main. Et puis finalement non, elle retombe dans ses travers, tout ça devant les yeux ébahi d’une petite fille qui n’avait rien demandé et surtout qui n’avait rien à faire là.

Mon avis
Je pense que le chemisier est une bande dessinée misogyne, raciste et problématique.
Entre pédopornographie et sexisme
Au delà du portrait extrêmement caricatural et sexiste qu’il fait de son héroïne, on retrouve le panel habituel de la « virilité toxique » : son employeur montré comme paternaliste qui saura la réconforter (comprendre coucher avec quand elle se sent seule et fragile), son prof de fac qui n’hésite pas à lui faire des avances, le policier avec qui elle aura une aventure qui la gifle en pleine rue et ne respecte pas son consentement lors d’un rapport sexuel…. Sans compter les représentations des hommes racisés qui sont tous montrés comme violent, qui ne sont jamais nommé et que l’on nous présente seulement comme entrain d’agresser Sandrine (physiquement, verbalement…).
Mais Sandrine n’est malheureusement pas le seul personnage a être sexualisé par l’auteur : dès les premières pages, pendant la scène où Sandrine lit une histoire à la petite fille qu’elle garde, la petite décide de lui montrer sa vulve. Notre héroïne réagit immédiatement (encore heureux) et lui explique qu’il ne faut pas le faire. Certes, mais quel besoin de représenter la vulve d’une enfant si jeune en gros plan dans un roman graphique pour le grand public ? De manière totalement gratuite qui plus est. Quant aux autres personnages féminins dans la BD, vous pouvez toujours les chercher. Si il y en a (il faut bien peupler les décors) elles sont totalement anecdotiques, ne parlent pas ou quasiment pas, n’interagissent que très rarement avec l’héroïne et sont rarement présents plus de 2 cases.
Un peu de racisme et de mépris de classe en prime ?
Un des problèmes majeurs de la BD que je n’ai pas encore réellement détaillé est son racisme et son mépris pour les banlieues. Dès le moment où Sandrine rencontre « Policier » celui-ci n’a qu’un mot à la bouche « ça va péter » et par là (on le comprend en lisant la suite) il entend que les « gens de banlieues » sont entrain de préparer quelque chose. Et évidemment, quelques pages plus tard, alors que Sandrine, affaiblie, en état de choc après ce qui est ni plus ni moins qu’une suite de violences exercées sur elle par « Policier » se retrouve dans une gare, un homme s’écrit « Allah akbar » avant de se faire exploser. Donc la BD s’évertue à continuer de propager l’idée selon laquelle les gens vivant en banlieue sont des terroristes et que le flic hyper vigilent et violent avait finalement raison. Théorie que l’auteur continuera à défendre notamment dans sa bd « 14 juillet », que je déconseille également ! A d’autres moments de la BD, nous verrons aussi différents hommes racisés agresser verbalement et physiquement Sandrine qui, heureusement, trouvera toujours un gentil homme blanc pour lui venir en aide.
Le mot de la fin
J’ai donc personnellement réellement détesté cette bd mais je vous invite à la lire (en bibliothèque de préférence, afin de ne pas avoir à l’acheter) afin de vous faire votre propre avis !
Bonne lecture !
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