
Quelque peu déçu par 84K, récent roman de Claire North traduit et paru chez Bragelonne en septembre dernier, je tombe sur l’annonce de la parution chez le Bélial, dans l’excellente collection Une Heure Lumière, de cette novella. Je décide tout de même de me lancer dans l’aventure et je ne le regrette en rien : j’ai adoré !
Avec les collègues à la bibliothèque nous lisons toutes les parutions UHL et nous nous disputons la priorité sur les réceptions de commandes, ce coup-ci j’ai bypassé les amis en allant acheter celui-ci directos chez mon libraire ! Mwahahaha !
Le Serpent, c’est la première novella d’un ensemble de trois, formant La Maison des jeux. Bon alors au début j’ai cru que l’éditeur nous prenait pour le pion b du joueur noir dans un gambit Benko (dans cette ouverture aux echecs, le joueur noir sacrifie son pion b pour obtenir l’initiative) en découpant un roman en trois parties afin qu’il corresponde au format de la collection… Mais après m’être fait (gentiment) taper sur les doigts sur Twitter par l’éditeur, j’ai constaté mon erreur. Il s’agit bien de trois novella distinctes et je suis impatient de lire les deux autres !
Dès les premières lignes, le narrateur nous embarque avec lui au cœur de l’intrigue, sur le plateau de jeu :
Venez.
Observons ensemble, vous et moi.
Nous écartons les brumes.
Nous prenons pied sur le plateau et effectuons une entrée théâtrale : nous voici ; nous sommes arrivés ; que fassent silence les musiciens, que se détournent à notre approche les yeux de ceux qui savent. Nous sommes les arbitres de ce petit tournoi, notre tâche est de juger, restant en dehors d’un jeu dont nous faisons pourtant partie, pris au piège par le flux du plateau, le bruit sec de la carte qu’on abat, la chute des pions. Pensiez-vous être à l’abri ? Croyez-vous représenter d’avantage aux yeux du joueur ? Croyez-vous déplacer plutôt qu’être déplacé ?
Super efficace ! Nous ne sommes plus des observateurs distants, nous nous engageons littéralement aux cotés du narrateur et à la suite des personnages dans les ruelles de la belle et inquiétante Venise de la renaissance, au cœur de l’échiquier.
Nous arrivons donc à Venise, en l’an 1610 et découvrons rapidement la Maison des jeux. Il s’agit là d’un lieu prestigieux dans lequel la bonne société de la Sérénissime vient s’adonner à des jeux d’argent divers. Des fortunes s’y amassent au même rythme que d’autres s’y dilapident.
Ce premier volet du triptyque, c’est l’histoire d’une femme, Thene. Dans la maison des jeux celle-ci va trouver un espace de liberté où mobiliser les ressources intellectuelles qu’elle possède et s’émanciper d’un mari violent, addict à l’alcool et au jeu. Elle avait été mariée à celui-ci « grâce » à la fortune de son père car ce mari était de rang social supérieur, mais ruiné. Le mariage garantissait donc le prestige à la famille de l’une et l’assise financière à l’autre. Dans cette société profondément patriarcale, et à l’aide de ses capacités, elle entend bien prouver à tous qu’elle n’est pas femme à être sous-estimée…
La Maison, possède un cercle supérieur dans lequel on ne pénètre que sur invitation: la Haute Loge. Notre héroïne va devoir gagner son ticket d’entrée en jouant sur un plateau de jeu où les risques et les enjeux sont tout autres : l’échiquier politique vénitien. Il faudra qu’a coup de manipulation, d’espionnage, de coups fourrés elle parvienne à imposer son champion a une élection. Trois autres joueurs s’opposeront à elle et se disputeront la seule place disponible.
En tant que joueur d’échec passionné, ce récit à énormément résonné en moi. Pour remporter la partie qui s’engage, les joueurs devront combiner des stratégies de long terme et des coups d’éclats tactiques. Aucune erreur ne sera permise et cela, du choix de l’ouverture jusqu’à la finale.
Un mot sur l’écriture : raffinée, sans non plus en faire des tonnes, le style est très plaisant. Les descriptions « atmosphériques » de la ville et la caractérisation des différents personnages donnent du relief au récit ; un effet de réel nous saisi. Le « pari » de Claire North : faire du narrateur et des lecteurs , des observateurs de terrain, nous impliquent magistralement dans l’intrigue. Lorsqu’un personnage que l’on suit se retourne, l’envie nous prend de se cacher dans un renfoncement de la rue afin qu’il ne nous découvre pas ! Un vrai tour de force de l’autrice ! Le récit a des accents de fantasy et de fantastique qui ne sont pas négligeables mais sur lesquels je ne m’étendrai pas pour vous laisser vous en délecter.
Pour résumer : une des meilleures publications de la collection UHL, dans mon top 5 avec Vigilance, L’homme qui mit fin à l’histoire, A dos de crocodile, et Dragon.
PS: Deux livres de Claire North à mon compteur et dans les deux l’autrice à mis en scène le jeu de tarot. Dois-t-on y voir un motif ? Il est encore trop tôt pour le dire….
Le Serpent , Claire North , traduction Michel Pagel pour les éditions le Bélial
160 pages, 10,90€
Ailleurs sur la blogosphère : L’épaule d’Orion, Un dernier livre, Le nocher des livres, Célinedanaë, Gromovar, Les Chroniques du Chroniqueur, Ombrebones, Vive la SFFF
Je partage ton enthousiasme ! Un très bon moment de lecture.
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