
La Promesse du Sang, premier volume de la Trilogie des Poudremages paru fin mars aux éditions LEHA, premier roman de Brian McClellan, était très attendu et ne déçoit pas.
Le cycle est paru en version originale de 2013 à 2015 et à rencontré un succès retentissant outre-atlantique . Il s’agit de la deuxième tentative éditoriale en France, le premier opus ayant déjà été traduit et publié en 2014 dans l’éphémère collection Eclipse de Panini, les deux autres volets n’ont quant à eux jamais été traduit en VF. C’est un scénario malheureusement trop fréquent dans l’édition de fantasy française, si le premier tome d’une série ne donne pas instantanément lieu à de très bonnes ventes, l’éditeur abandonne le projet quand bien même il aurait les épaules suffisantes pour assumer les faibles ventes…De plus, on a là affaire à un véritable cercle vicieux : les lecteurs du genre, habitués à ces procédés, vont dès lors attendre que les cycles soit publiés intégralement avant de se lancer dans l’aventure, donc les ventes du premier volume sont faibles, donc le projet est abandonné et rebelote !
Ici , je n’ai aucune inquiétude , les éditions LEHA n’en sont pas à leur premier fait d’armes en la matière. En effet, l’éditeur est à l’origine de la réédition de l’extraordinaire décalogie du Livre des Martyrs de Steven Erikson (mon cycle favori toutes fantasy confondues), cycle qui avait été abandonné par le passé par l’édition française. Nous pouvons donc leur faire confiance pour mener cette trilogie à son terme (et pourquoi pas publier à sa suite la deuxième trilogie de l’auteur qui se déroule dans le même univers).
Quézaco ?
La promesse du sang, c’est de la gunpowder fantasy.
L’écrasante majorité des récits de fantasy classique se déroule dans des univers qu’on qualifiera de « médiévaux-fantastiques ». Ces univers sont donc inspirés sur le plan technologique et sociétal, des sociétés médiévales historiques du monde réel (le notre) : combats à l’épée et aux armes de trait (arc/arbalète) dans une société de type féodale. A l’inverse, la gunpowder fantasy, nous plonge dans des univers inspirés de la fin de l’ancien régime européen (XVIIe-XVIIIe) où la généralisation des armes fonctionnant à la poudre noire a eu lieu.
La poudre n’y tient pas seulement une place d’élément de décor, mais est un point central du worldbuilding (construction de l’univers) comme nous allons le voir.
Dans le royaume d’Adro, le souverain Manhouch XII règne depuis son palais d’Adopest, la capitale. Un conseil secret, dirigé par le maréchal Tamas (un Poudremage) concocte un coup d’Etat et dépose le roi par les armes. Le monarque est exécuté, ainsi que toutes les grandes familles nobles de la cité dans la foulée. Notre histoire débute dans le sang et la poudre…
La magie a un rôle important dans l’univers de McClellan. Il y a trois type de personnes qui peuvent la manipuler. Tout d’abord, les Privilégiés : on pourrait les définir comme les sorciers classiques que nous avons l’habitude de croiser dans d’autres univers de fantasy. Ceux-ci puisent dans « l’Autre » (sorte de dimension élémentaire) la puissance nécessaire à la canalisation de sorts divers. Viennent ensuite les Poudremages, ou Marqués ce sont des individus qui possèdent une affinité avec la poudre noire leur permettant de la manipuler à souhait. Cela fait d’eux des tireurs d’élite hors pairs. Un Poudremage peut par exemple abattre une cible à plus d’une lieue de distance, ou faire bifurquer la trajectoire d’une balle par la pensée. De plus les Privilégiés sont « allergiques » à la poudre, ce qui fait des PM leurs némésis par excellence. Enfin la dernière catégorie d’humains maitrisant une forme de magie : les Doués. Ces derniers possèdent un don extraordinaire quelconque ( Olem par exemple est un doué qui ne ressent jamais le besoin de dormir ).
Le roi, comme tous les souverains des neuf royaumes, avait à son service une cabale de Privilégiés. La première étape du coup d’Etat du maréchal Tamas fut donc naturellement de se débarrasser de ces derniers. Mais il lui faudra également surveiller ses arrières car tout le monde ne voit pas son coup du meilleur œil. A l’intérieur même de la cité mais aussi au-delà des frontières, des ennemis agissent dans l’ombre. Trahisons, complots, et conflits extérieurs seront donc au rendez-vous de ce premier tome. Et si cela ne suffisait pas, l’ombre d’une prophétie religieuse évoquée par un Privilégié de la cabale royale en rendant son dernier souffle, plane au dessus du maréchal. Tamas aura donc fort à faire pour assurer au nouveau régime qu’il désire instaurer un semblant de prospérité.
Nous suivrons plusieurs protagonistes à tour de rôle le long du récit. Tamas lui-même bien sûr, mais aussi Taniel son fils, Poudremage également, déployé sur le front du conflit extérieur avec le royaume rival de Kez. Adamat, l’ancien policier, auquel Tamas demande d’enquêter sur la prophétie ainsi que sur les traîtres de l’intérieur. Et enfin Nila, une jeune lavandière qui était au service d’un Duc lors du renversement du régime et qui tente de sauver l’enfant de son ancien maître de la guillotine.
Mon avis
L’auteur nous promet du sang et il ne trahit pas sa promesse. En effet il y a une certaine violence très présente tout au long du roman. Mais cette violence n’est pas sans raison, elle est logique dans cet univers particulièrement dur qui traverse un épisode politique par essence violent.
Je regrette un peu que McClellan ne se soit pas plus émancipé de la période historique qui lui a servi d’influence, la Révolution française. Le royaume d’Adro correspond trop à ce que l’imaginaire collectif connaît de la période des Lumières. Une noblesse de sang qui gravite autour d’une royauté despotique totalement déconnectées l’une comme l’autre des évolutions de la société. Un clergé au summum de l’hypocrisie qui impose un dogme sévère sans se l’appliquer à lui même et vivant dans une opulence invraisemblable. Une bourgeoisie qui a des velléités d’émancipation, la démocratisation de la lecture grâce à l’imprimerie de masse, un athéisme ou du moins un exercice du doute critique vis à vis de la religion qui se répand comme une trainée de poudre…Les mêmes causes produisant les mêmes effets…C’est un peu too much selon moi.
Le système de magie des Poudremages est très rafraîchissant et j’ai envie d’explorer encore plus les possibilités que cette magie étrange nous offre.
Un léger bémol tout de même, les Privilégiés sont censés posséder une puissance extraordinaire et j’ai trouvé qu’ils étaient trop simplement battus à plusieurs reprises. Dieu merci, les armes à poudre sont des armes à un coup, ce qui nous permet d’assister à du combat rapproché à l’arme blanche et l’auteur excelle dans les descriptions de ces scènes d’action.
Brian McClellan maîtrise le rythme de son récit à la perfection, le lecteur est vraiment pris par l’intrigue. J’ai particulièrement apprécié la partie enquête avec Adamat même si à mon sens elle aurait pu être encore approfondie. Je suis amateur de tout ce qui ressemble à du complot et à de la manipulation politique en fantasy du coup j’ai été conquis par ce fil de l’intrigue. Toutes les trames narratives gravitent autour du personnage central de Tamas, se croisent régulièrement et ont une importance immédiate sur l’aventure dans son ensemble, ce qui dynamise la lecture et donne envie de poursuivre sans s’arrêter.
En bref, malgré mes quelques réserves, j’ai passé un excellent moment de lecture. En recontextualisant: il s’agit d’un premier roman, le système de magie est audacieux, l’univers est cohérent et intéressant, le rythme de l’action captivant tout du long (et le cliffhanger final est très appétissant). C’est une réussite !
La Promesse du sang, Brian McClellan, traduction Thomas Bauduret pour les éditions LEHA, 480 pages, 25 €
Ailleurs sur la blogosphère : L’Ours Inculte, Apophis, Blackwolf, Albédo,
Salut
A toi qui a, comme moi aimé cette série, note dans ton agenda le 23 septembre 2022, date de parution du deuxième tome.
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Hehe, oui j’ai hâte !
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