The Expanse T.1 : L’éveil du Léviathan

The Expanse est un cycle de space opera écrit par Daniel Abraham et Ty Franck sous le nom de plume commun de James S.A Corey. Vous connaissiez peut-être déjà la franchise comme moi via la série TV éponyme de 2015 à laquelle je n’avais pas du tout accroché et laissée de coté après la première saison. Je me suis tout de même laissé tenté par les livres, car c’est la réalisation et les acteurs de la série qui m’avaient dérangés non pas le fond de l’intrigue. Et ce premier tome ne m’a pas déçu, je l’ai littéralement dévoré tant j’étais pris par ce récit qui rebondit sans cesse.

L’humanité a étendu son emprise sur l’ensemble du système solaire. Désormais elle occupe Mars, de nombreux satellites telluriques en sus de la Terre, et exploite les ressources de l’entièreté du système.
Mais « l’humanité » n’est pas unie sous une même bannière bien sur… A l’image des états-nations terriens d’hier, les planètes Terre et Mars sont deux grandes puissances alliées mais rivales en terme de puissance militaire, stratégique et économique. La Ceinture (les astéroïdes habités entre Mars et Jupiter) est une puissance non alignée. Elle ne constitue pas une nation au sens strict, mais un sentiment d’appartenance à une classe sociale et raciale commune forte s’est développée parmi les ceinturiens. Ce sont les exploités du système solaire, la dernière roue du carrosse de l’économie solienne, et un enjeu d’influence pour les deux super-puissances.
L’APE (l’Alliance des Planètes Extérieures) est une organisation politico-militaire qui s’appuie sur ce sentiment d’injustice et d’exploitation de la Ceinture, pour rallier les habitants a sa cause d’émancipation et de libération. L’APE agit clandestinement car elle est de fait, considérée comme une organisation terroriste par les autorités des planètes intérieures.

Lorsque notre récit débute, les tensions sont vives et menacent le statu quo entre les forces en présences. Le transporteur de glace Canterburry qui fait des allers-retours entre les anneaux de Saturne et la Ceinture, reçoit un signal de détresse en provenance du Scopuli, un transporteur léger. Le lieutenant Holden, qui sert sur le transporteur de glace après une courte carrière dans la flotte terrienne, est envoyé avec une petite équipe en navette depuis le Cant’ sur le Scopuli à la recherche de survivants.

L’inspecteur Miller, est un employé d’Hélice-étoile, la force policière privée sous contrat terrien pour faire régner la loi sur la station Cérès (le plus gros astéroïde habité de la Ceinture). Miller est l’archétype du flic expérimenté, bourru, alcoolique, aux méthodes parfois douteuses mais attachant car on entre en empathie avec ses failles émotionnelles. Alors qu’il s’occupe avec son coéquipier des affaires courantes de crimes et délits en tous genre sur la station, sa patronne le charge d’une mission non-officielle pour le compte d’un riche industriel lunien : localiser et ramener de gré ou de force sa fille, Juliette Andromeda Mao. Très vite son enquête le mène sur les traces d’un vaisseau : le Scopuli.

Bien sur les investigations de nos deux personnages sont liées et vont, tel une une allumette, venir embraser le baril de poudre des tensions politiques du système solaire…


« Une fois l’œuf brouillé, vous ne pouvez plus le faire cuire à la coque »

Ce roman est un véritable page-turner. Le rythme est effréné et ne ralenti quasiment jamais avec des rebondissements en cascade qui ont eu le mérite de véritablement me surprendre à plus d’une reprise.
Les personnages principaux Holden et Miller sont quelque peu stéréotypiques mais cohérents et bien caractérisés ce qui facilite notre attachement à eux.
Il y a comme une ambiance « space-noir » (roman noir dans l’espace, j’assume le néologisme!) dans les chapitres sur Miller qui m’a captivé (semblable à l’ambiance de La ville dans le ciel de Brookmyre.) Je suis un aficionado des récits de type enquête dans la littérature de l’imaginaire et celle-ci m’a véritablement happé!
Le world-building est très bien amené et je me suis tout de suite immergé dans ce système solaire inégal et brutal. L’aspect politique et social semble manichéen de prime abord mais ce n’est pas du tout le cas. La réalité des enjeux et conflits qui traversent ce système solaire est beaucoup plus complexe qu’un affrontement du Bien contre le Mal.

Je me félicite donc d’avoir tenté l’aventure livresque de The Expanse malgré le fait que je n’avais pas accroché du tout à la série. J’en avais tout de même gardé quelques souvenirs et à chaque fois que je vivais une scène ou un évènement pour la seconde fois je réalisais à quel point l’intensité dramatique se transmettait mieux dans le livre.


L’éveil du léviathan, The Expanse T.1, Babel (Actes Sud), 704 pages, 11,40€


Cette chronique a été réalisée dans le cadre du challenge Summer Star Wars : Obi-Wan Kenobi organisé par Lhisbei @RSFblog. Foncez ICI pour les liens vers les compagnons de notre voyage collectif dans les étoiles !


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Second Œkumen T.1 : Régulus – John Crossford

Régulus est le premier tome de la pentalogie Second Œkumène de John Crossford paru aux éditions Critic en ce mois de mai 2022. John Crossford est le pseudonyme d’un auteur mystère que l’on connaît sans doute sous un autre nom d’après l’éditeur… révélation de l’identité réelle pour la parution du troisième tome. Le pitch du roman ainsi que la campagne de teasing sur les réseaux sociaux de l’éditeur m’avait fortement intrigué, mais je dois dire que j’ai été quelque peu déçu par ce premier opus. Je vous explique pourquoi dans ce billet…

L’Œkumène ou écoumène, vient du grec Oikoumene et désigne l’ensemble des « terres habitées par l’humain ». Le second Œkumène de Crossford correspond donc à l’ensemble des planètes et systèmes solaires exploités par les humains lorsque notre aventure débute, qui aurait donc succédé à un premier Œkumène, celui des temps anciens où l’humanité ne se déployait que sur Terre. Comme vous l’aurez sans doute compris nous avons là affaire à un space opera ayant pour cadre le futur de notre galaxie.

L’empereur se meurt. A près de deux cents ans, les efforts pour prolonger la vie du monarque semblent ne plus suffire et nombreux sont ceux qui agissent dans l’ombre afin de préparer au mieux pour leurs intérêt la fin de cette ère. L’Amiral Wallace est l’un d’entre eux. Halvar IV n’ayant pas d’héritier en âge de régner (trois fils morts et un petit dernier d’a peine un an) une période de régence s’annonce et il s’agit toujours de périodes troublées. Wallace, afin de s’assurer une place proéminente dans le futur ordre des choses (pourquoi pas régent du jeune prince) prend les devant et décide, depuis la capitale Providence, de faire assassiner les membres de la famille impériale mâles et adultes qui pourrait prétendre à la régence. Parmis ceux-ci William Bolton-Dunn, fils d’un des bâtard de l’empereur, jeune officier et pilote surdoué, sur le vaisseau Seventh Star à quelques deux cent années-lumière de là. Il est alors contacté par le domestique du domaine de son père qui lui apprend que sa famille vient de se faire exterminer par les hommes de Wallace et que sa vie est en danger. William parvient à prendre la fuite juste à temps. Une vie de cavale permanente est désormais son seul futur envisageable. Voici le prologue de notre histoire.

Douze ans se sont écoulés depuis ces évènements et John Crossford va nous faire naviguer dans son univers via les perspectives de plusieurs personnages.
Nous découvrirons donc bien sûr, le devenir de William, le fugitif, qui se fait désormais appelé Einar Dahl. Nous découvrirons aussi la jeune Lucy, une alter de quinze ans dans son « école/prison/laboratoire » pour alter.
Pour faire simple : les alter sont des « mutants » (au sens X-meniesque). Au minimum, ce sont des télépathes plus ou moins puissants, et ils sont d’ailleurs la seule « technologie » permettant aux vaisseaux de la Flotte de communiquer instantanément entre eux à travers l’Œkumène. Mais ils peuvent également développer toute sorte d’autres pouvoirs (invisibilité, pyromancie, télékinésie etc…) et ils sont pour cela craints et honnis.
« L’élevage » officiel des alter ainsi que le contrôle du voyage interstellaire est le monopole du consortium Bledsoe-Dandridge, qui lui aussi va tenter de se maintenir dans cette position et commence à avancer certains de ces pions en vue de la mort imminente d’Halvar IV.

Pendant environs les deux cent premières pages (sur 500) nous suivrons uniquement Einar et Lucy. Puis nous serons introduits à l’amiral Allan McGregor, un homme qui vient du prolétariat et a réussi à gravir l’échelle hiérarchique militaire au mérite, contrairement à l’usage qui veut que les postes d’officiers soit attribué aux rejetons de la noblesse. C’est un « loyaliste » qui craint la mort prochaine de l’empereur. Enfin nous ferons la connaissance (très succinctement) du père O’Connor, prêtre idéaliste un peu naïf, envoyé par le cardinal Fortezza (qui manigance pour succéder au pape, lui aussi mourant, et désire restaurer la grandeur perdue de la Sainte Eglise) en mission pour récupérer des alter prisonniers sur différents mondes et les ramener sur la Nouvelle-Rome afin d’organiser un grand procès inquisitorial.

En écrivant ces longues lignes sur le pitch et l’univers de ce roman, je me redis que véritablement ce livre avait tout pour me plaire. Un univers qui, à défaut d’être original, est bien construit et plein de potentialités en terme d’intrigue politique ainsi qu’un panel de protagoniste aux positions sociales très variées, qui permet d’appréhender ledit univers à travers différentes lunettes.
Mais là où le bas blesse, c’est dans l’intrigue en elle même et dans le rythme de la narration.

J’ai ressenti un effet d’inertie tout du long du récit. Les chapitres sur Lucy notamment m’ont paru interminables tant la progression de l’arc de ce personnage est lente, alors même que l’on sait où nous emmène inévitablement ses différentes péripéties, qui m’ont fait l’effet d’obstacles inutiles sur un chemin tracé d’avance. C’est également le cas mais dans une moindre mesure pour l’aventure d’Einar, et ces deux personnages remplissent environ 75% du récit. Ce qui est terrible c’est qu’après 500 pages, j’ai l’impression qu’il ne s’est rien passé du tout, vu que les évènements qui se sont tout de même produit étaient attendus et cela dès les premières lignes. Tout cela étant encore alourdis par des facilités narratives : des hasards facilitateurs gros comme des immeubles de cinquante étages, ou au contraire des contraintes peu crédibles…
Et puis, bon ok, c’est le premier tome d’une pentalogie, mais quand la quatrième de couverture nous vend quatre personnages principaux, je m’attend à les voir un minimum. Sans cette quatrième de couv’, je ne vous aurait même pas mentionné le père O’Connor, qui apparaît dans une trentaine de pages au mieux. Et « SPOILER », l’empereur n’est donc toujours pas mort et au rythme où l’on va je m’attend à ce que sa mort soit l’évènement cliffhanger de la fin du tome 4 !

Bref j’ai été terriblement déçu… Le pire dans cette histoire c’est que je vais sans doute quand même acquérir le second tome qui paraîtra fin juin, parce que je me refuse à croire que l’auteur n’a pas sorti quelque chose de bien de cet univers et des prémices d’intrigue politique qu’il a mises en route. Mais si le rythme ne décolle pas et si les coutures de son ouvrage sont toujours aussi visibles, alors j’abandonnerai.

Si ça se trouve j’aurais critiqué sans le savoir Peter Hamilton, mais tant pis. Au moins le nom de l’auteur ne m’auras pas biaisé dans mon ressenti.


Second Œkumène T.1 : Régulus, John Crossford, Editions Critic (2022), 534 pages


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