Blackwater T1 : La crue – L’épique saga de la famille Caskey

À Perdido, les femmes se moquaient toujours des hommes. Les Yankees de passage logeaient à l’Osceola, discutaient avec les propriétaires des scieries, faisaient leurs courses dans des boutiques tenues par des hommes et se faisaient couper les cheveux par un homme en bavardant avec une clientèle masculine, sans jamais se douter une minute que c’étaient en réalité les femmes qui dirigeaient la ville.

McDowell

Blackwater le dernier né de la maison d’édition bordelaise Monsieur Toussaint Louverture m’a tout d’abord interpellé par sa couverture et son prix. Encore une fois le travail éditorial et le soin accordé à la création du livre en font un objet original et de qualité. Le côté « série » (un tome toutes les deux semaines) a continué à m’intriguer… Mais ce qui a fini de me séduire c’est évidemment l’intrigue ! Alors venez avec moi, enfonçons nous dans les bois mais prenons garde à la crue…

Notre histoire débute à Pâques 1919, dans la petite ville de Perdido, située au nord de l’Alabama quand cette dernière est frappée de la pire crue de son histoire de mémoire d’Homme. Enfin en l’occurrence de mémoire de femmes, car ici se sont elles qui tiennent d’une main de fer les plus grosses propriétés terriennes. Le roman commence donc lorsque Oscar Caskey, fils de Mary-Love Caskey et gérant de l’une des principales scieries qui représente la seule industrie de Perdido, décide de partir à bord de son canot avec l’aide de son fidèle bras droit, Bray, pour mesurer l’étendue des dégâts. C’est alors que dans des circonstances pour le moins étranges, ils vont faire la rencontre d’une personne qui ne l’est pas moins ! Commence alors pour le clan Caskey une lutte interne qui, dès ce premier tome, laisse présager le pire pour la suite…

Blackwater se lit comme on regarde une série. Dès les premières pages l’auteur nous plonge dans l’ambiance étouffante et humide de cette petite ville américaine refermée sur elle-même. Dans une Amérique où l’esclavage n’existe plus, mais les inégalités et les intrigues  sont toujours bien présentes… Un roman addictif et surprenant, qu’on dévore en peu de temps et qui a encore beaucoup de secrets à nous dévoiler…

Pour plus de critiques : L’Ours Inculte, Tu vas t’abîmer les yeux, Sur mes brizées

Le Vicomte Pourfendu – Italo CALVINO

Italo Calvino est l’un des auteurs les plus incroyables ayant jamais existé.

Oui, c’est un incipit assez fort. Mais c’est aussi la phrase que je répète dans ma tête à chaque fois que j’ai un de ses livres dans les mains.

Grand must de la littérature italienne du XXe siècle, ses livres font partie de ces classiques qu’on pourrait lire et relire plusieurs fois dans la vie tout en continuant à découvrir différents niveaux de lecture.

J’ai lu Calvino pour la première fois à 13 ans et j’ai régulièrement BESOIN de me replonger dans ses histoires et me laisser bercer par sa plume, par ses mots soigneusement recherchés, jamais lyriques, toujours très expressifs, colorés, qui sentent les contes de fées. Son écriture délicate, d’une simplicité déroutante et prégnante, véhicule toujours un message politique et philosophique très engagé.

Le Vicomte Pourfendu est un récit fantastique qui compte à peine un peu plus de cent pages, paru en 1952 et premier opus de la trilogie dont font partie Le Baron perché (1957) et Le Chevalier inexistant (1959).

La trame de ce roman est choquante et drôle à la fois, raison pour laquelle j’ai toujours envie de conseiller ce livre. C’est l’histoire de Medardo de Terralba, qui se retrouve divisé en deux après avoir été frappé par un coup de canon pendant la guerre contre les Turcs. Oui, rien de plus simple et incroyable : son corps est tranché dans le sens de la longueur en deux parties égales qui restent toujours vivantes mais qui continuent à vivre séparées. Mais les deux parties, c’est-à-dire les deux Vicomtes, sont en rivalité et en parfaite dichotomie. Comme le corps, l’âme du vicomte a elle aussi été divisée en deux opposés : son bon côté et son côté méchant.

On dirait un conte pour enfants (pourquoi pas), mais c’est surtout une métaphore efficace et parlante, que Calvino développe tout au long de l’histoire pour représenter le mal-être de l’homme contemporain, son caractère incomplet et l’insuffisance d’une vision manichéenne dans la vie. Car, si le bad-Vicomte est vraiment cruel et malveillant dans sa façon d’agir, la gentillesse du good-Vicomte se révèle insuppourtable et écoeurante.

Ce qui est fascinant dans ce livre, et dans tout Calvino en fait, c’est cette génialité pas du tout prétentieuse mais toujours pertinente qui se manifeste dans sa capacité à harmoniser réalisme et fantasie, pour raconter la complexité du monde qui nous entoure.

Le Vicomte Pourfendu est absolument un livre qui mérite d’être découvert et aussi un premier pas dans le monde d’Italo Calvino.

Ailleurs sur la blogosphère : Milady’s Stuff