
Régulus est le premier tome de la pentalogie Second Œkumène de John Crossford paru aux éditions Critic en ce mois de mai 2022. John Crossford est le pseudonyme d’un auteur mystère que l’on connaît sans doute sous un autre nom d’après l’éditeur… révélation de l’identité réelle pour la parution du troisième tome. Le pitch du roman ainsi que la campagne de teasing sur les réseaux sociaux de l’éditeur m’avait fortement intrigué, mais je dois dire que j’ai été quelque peu déçu par ce premier opus. Je vous explique pourquoi dans ce billet…
L’Œkumène ou écoumène, vient du grec Oikoumene et désigne l’ensemble des « terres habitées par l’humain ». Le second Œkumène de Crossford correspond donc à l’ensemble des planètes et systèmes solaires exploités par les humains lorsque notre aventure débute, qui aurait donc succédé à un premier Œkumène, celui des temps anciens où l’humanité ne se déployait que sur Terre. Comme vous l’aurez sans doute compris nous avons là affaire à un space opera ayant pour cadre le futur de notre galaxie.
L’empereur se meurt. A près de deux cents ans, les efforts pour prolonger la vie du monarque semblent ne plus suffire et nombreux sont ceux qui agissent dans l’ombre afin de préparer au mieux pour leurs intérêt la fin de cette ère. L’Amiral Wallace est l’un d’entre eux. Halvar IV n’ayant pas d’héritier en âge de régner (trois fils morts et un petit dernier d’a peine un an) une période de régence s’annonce et il s’agit toujours de périodes troublées. Wallace, afin de s’assurer une place proéminente dans le futur ordre des choses (pourquoi pas régent du jeune prince) prend les devant et décide, depuis la capitale Providence, de faire assassiner les membres de la famille impériale mâles et adultes qui pourrait prétendre à la régence. Parmis ceux-ci William Bolton-Dunn, fils d’un des bâtard de l’empereur, jeune officier et pilote surdoué, sur le vaisseau Seventh Star à quelques deux cent années-lumière de là. Il est alors contacté par le domestique du domaine de son père qui lui apprend que sa famille vient de se faire exterminer par les hommes de Wallace et que sa vie est en danger. William parvient à prendre la fuite juste à temps. Une vie de cavale permanente est désormais son seul futur envisageable. Voici le prologue de notre histoire.
Douze ans se sont écoulés depuis ces évènements et John Crossford va nous faire naviguer dans son univers via les perspectives de plusieurs personnages.
Nous découvrirons donc bien sûr, le devenir de William, le fugitif, qui se fait désormais appelé Einar Dahl. Nous découvrirons aussi la jeune Lucy, une alter de quinze ans dans son « école/prison/laboratoire » pour alter.
Pour faire simple : les alter sont des « mutants » (au sens X-meniesque). Au minimum, ce sont des télépathes plus ou moins puissants, et ils sont d’ailleurs la seule « technologie » permettant aux vaisseaux de la Flotte de communiquer instantanément entre eux à travers l’Œkumène. Mais ils peuvent également développer toute sorte d’autres pouvoirs (invisibilité, pyromancie, télékinésie etc…) et ils sont pour cela craints et honnis.
« L’élevage » officiel des alter ainsi que le contrôle du voyage interstellaire est le monopole du consortium Bledsoe-Dandridge, qui lui aussi va tenter de se maintenir dans cette position et commence à avancer certains de ces pions en vue de la mort imminente d’Halvar IV.
Pendant environs les deux cent premières pages (sur 500) nous suivrons uniquement Einar et Lucy. Puis nous serons introduits à l’amiral Allan McGregor, un homme qui vient du prolétariat et a réussi à gravir l’échelle hiérarchique militaire au mérite, contrairement à l’usage qui veut que les postes d’officiers soit attribué aux rejetons de la noblesse. C’est un « loyaliste » qui craint la mort prochaine de l’empereur. Enfin nous ferons la connaissance (très succinctement) du père O’Connor, prêtre idéaliste un peu naïf, envoyé par le cardinal Fortezza (qui manigance pour succéder au pape, lui aussi mourant, et désire restaurer la grandeur perdue de la Sainte Eglise) en mission pour récupérer des alter prisonniers sur différents mondes et les ramener sur la Nouvelle-Rome afin d’organiser un grand procès inquisitorial.
En écrivant ces longues lignes sur le pitch et l’univers de ce roman, je me redis que véritablement ce livre avait tout pour me plaire. Un univers qui, à défaut d’être original, est bien construit et plein de potentialités en terme d’intrigue politique ainsi qu’un panel de protagoniste aux positions sociales très variées, qui permet d’appréhender ledit univers à travers différentes lunettes.
Mais là où le bas blesse, c’est dans l’intrigue en elle même et dans le rythme de la narration.
J’ai ressenti un effet d’inertie tout du long du récit. Les chapitres sur Lucy notamment m’ont paru interminables tant la progression de l’arc de ce personnage est lente, alors même que l’on sait où nous emmène inévitablement ses différentes péripéties, qui m’ont fait l’effet d’obstacles inutiles sur un chemin tracé d’avance. C’est également le cas mais dans une moindre mesure pour l’aventure d’Einar, et ces deux personnages remplissent environ 75% du récit. Ce qui est terrible c’est qu’après 500 pages, j’ai l’impression qu’il ne s’est rien passé du tout, vu que les évènements qui se sont tout de même produit étaient attendus et cela dès les premières lignes. Tout cela étant encore alourdis par des facilités narratives : des hasards facilitateurs gros comme des immeubles de cinquante étages, ou au contraire des contraintes peu crédibles…
Et puis, bon ok, c’est le premier tome d’une pentalogie, mais quand la quatrième de couverture nous vend quatre personnages principaux, je m’attend à les voir un minimum. Sans cette quatrième de couv’, je ne vous aurait même pas mentionné le père O’Connor, qui apparaît dans une trentaine de pages au mieux. Et « SPOILER », l’empereur n’est donc toujours pas mort et au rythme où l’on va je m’attend à ce que sa mort soit l’évènement cliffhanger de la fin du tome 4 !
Bref j’ai été terriblement déçu… Le pire dans cette histoire c’est que je vais sans doute quand même acquérir le second tome qui paraîtra fin juin, parce que je me refuse à croire que l’auteur n’a pas sorti quelque chose de bien de cet univers et des prémices d’intrigue politique qu’il a mises en route. Mais si le rythme ne décolle pas et si les coutures de son ouvrage sont toujours aussi visibles, alors j’abandonnerai.
Si ça se trouve j’aurais critiqué sans le savoir Peter Hamilton, mais tant pis. Au moins le nom de l’auteur ne m’auras pas biaisé dans mon ressenti.
Second Œkumène T.1 : Régulus, John Crossford, Editions Critic (2022), 534 pages
Ailleurs sur la blogosphère : Vive la SFFF, Les Lectures du Maki, Le Nocher des livres
Je crois que j’ai été moins déçu (peut être moins d’attente aussi), mais en tout cas je suis bien d’accord sur le fait que le livre a un potentiel qui ne semble pas vraiment exploité encore. 5 tomes c’est long ceci dit, faudra voir les suivants, enfin au moins le suivant…
Sur l’auteur ceci dit, il y a une photo quand même, donc je n’y connais rien en people mais ça doit pas être Brandon Sanderson 😉
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Héhé, oui je pense que j’en attendais un peu trop c’est sûr. Je tenterai le tome 2 tout de même pour voir 😉
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