Le pavillon des combattantes d’Emma Donoghue

La littérature au service de la cause LGBT+, mais pas cette fois

Tu es en 2022 et tu commences un livre dont l’histoire se passe pendant une guerre et pendant une pandémie. Quelle idée. 

J’avoue, j’ai failli refermer ce bouquin au bout de 2 pages. “Je le reprendrai quand les mots pandémie et front de guerre ne se trouveront de nouveau que dans les livres“ m’étais-je dis. Pourtant le sujet de ce roman iralndais m’avait réellement intrigué. Et, en effet, avancer d’une dizaine de pages m’a permis de comprendre que la pandémie et la guerre n’étaient pas les sujets principaux, ni même les plus atroces, auxquels le lecteur est confronté. 

Le pavillon des combattantes est le dernier livre d’Emma Donoghue, autrice irlandaise reconnue comme une des auteur.es de référence de la littérature LGBT+. Ses romans, qui racontent l’amour homosexuel en contexte hostile (notamment Hood et Slammerkin) ont profondement contribué à eveiller l’interet porté sur ce thème en litterature.

Cette fois, Donoghue s’attaque aussi à une autre thématique, celle du « médical ». Comme elle l’avait déjà fait dans Wonder, ce nouveau récit s’articule autour de la maladie, nous livrant aussi beaucoup d’éléments sur d’histoire de la médecine dans ce Dublin de 1918.

LE BACKGROUND ET LA TRAME 

L’histoire raconte trois jours de travail d’une infirmière, Julia Power, qui a en charge la gestion d’un service hospitalier strictement réservé aux femmes enceintes touchées par la grippe espagnole. Les trois jours défilent frénétiquement dans ces pages. Les longues journées de travail de l’infirmière Power et de son assistante bénévole, Bridie Sweeney, sont compliquées, remplies d’urgences, de naissances et de morts. Les heures avancent précipitamment sous les yeux du lecteur et se calment seulement quand Julia et Bridie sont obligées de rentrer chez elles en fin de journée. C’est dans ces moments que le monde extérieur revient à la surface et s’impose à la conscience des personnages et aux yeux du lecteur : la Grande Guerre, la guérilla interne (on évoque la révolte de 1916 et les combats du parti nationaliste iralandais), l’épidémie espagnole qui met KO une ville, un pays entier et qui se répand dans toute l’Europe.  Certaines analogies entre ce background et notre actualité ne peuvent pas passer inaperçues et certains éléments présents dans le récit sont d’une coïncidence impressionnante et angoissante : titres de journaux, affiches publicitaires, annonces radio, consignes d’hygiène sanitaire. Le lecteur de 2022 en reste gêné et fasciné en même temps.

Conflit européen et épidémie sont des éléments présents dans l’histoire, mais pas assez développés. Le très peu de pages utilisées pour décrire le contexte historique sont insuffisantes pour saisir la complexité d’un monde en guerre et d’une société marquée par la pandémie. Probablement, qu’un lecteur contemporain pourrait en être touché et perturbé, étant donné les similitudes troublantes avec notre époque. 

Mais Emma Donoghue n’est pas une écrivaine superficielle. Tout simplement, guerre et épidémie ne sont pas les éléments principaux de ce roman. Ils servent de fond (historico-réaliste) à une histoire qui s’ouvre à des problématiques singulières. Et le sujet de ce livre est vraiment particulier : le travail et les accouchements des femmes irlandaises atteintes par la grippe espagnole au début XX ème siècle.. 

AMES SENSIBLES S’ABSTENIR !

La voix qui narre est celle de l’infirmière Power, le point de vue est donc celui d’une professionnelle, porteuse de connaissances techniques et scientifiques (mais, attention, du siècle dernier hein). C’est ici que l’autrice dégage le point le plus fort et intéressant du roman. La voix et l’expertise d’une infirmière deviennent un moyen pour décrire la médecine, dans son côté le plus pratique et opérationnel. Un après l’autre, les cas cliniques des femmes à risque, que ce soit pour l’accouchement ou pour la grippe, se succèdent, tout comme les procédures chirurgicales, les manœuvres d’accouchement, les soins vitaux d’urgence, les thérapies pharmacologiques (comme le whisky en guise de médicament). Ces éléments, présents tout au long du récit, sont le résultat d’une recherche méticuleuse menée en collaboration avec des historiens de la médecine, qui ont contribué à conférer à ce livre un aspect, en quelque sorte, documentaire. 

Pour ce qui me concerne, le côté documentaire est ce qui m’a le plus fasciné de ce roman. Mais il s’agit d’un élément qui peut soit plaire et intriguer, soit beaucoup déranger. Ames sensibles s’abstenir (!), car vous aurez du mal à poursuivre la lecture tellement les scènes sont détaillées et extrêmement perturbantes. Mais un lecteur passionné par le thème appréciera la justesse des descriptions et les explications pédagogues de chaque problématique (y compris pendant les autopsies). 

UNE FRESQUE HISTORIQUE PAS DU TOUT IDYLLIQUE 

Grossesses, accouchements, le travail des infirmières… tout ce contexte et chaque personnage servent aussi de prétexte pour traiter d’autres sujets, des thèmes qui ne sont sûrement pas au cœur du roman, mais qui tiennent au cœur de l’autrice. Julia Power est une femme qui decide de consacrer sa vie à la science et au but d’aider les autres, toute en mettant de coté le mariage et la famille ; le dr Khatleen Lynn (personnage secondaire de l’histoire et personnage historique dans la vie réelle) est une des femmes-medecin de l’époque mais aussi une militante politique irlandaise, engagée activement dans les mouvements de suffragettes et nationalistes ; l’assistant Bridie Sweeney, est une jeunne fille mal nourrie, témoin de l’inhumanité qui habitait les orphelinats irlandais de l’époque. 

Des thématiques peu développées dans l’histoire, mais présentes et qui forment le puzzle (pas du tout idyllique, vous l’avez compris)  de la fresque historique que l’autrice veut nous livrer.

UNE ÉCRITURE D’ACTION

La plume de Donoghue n’est ni fascinante, ni touchante, ni poétique. Mais elle retranscrit l’action dans une écriture efficace et cohérente avec le style global du roman. Le but n’est pas de creuser dans l’âme des personnages et de leurs drames, mais de mettre en avant et rendre accessibles le plus de détails possible pour permettre au lecteur de vivre des images concrètes et percutantes.

Le pavillon des combattantes est un livre intéressant, qui nous apprend des choses et qui est capable de provoquer des émotions fortes. Dans cette lecture, l’envie de tourner les pages et la peur de découvrir des détails atroces cohabitent en un équilibre qui tracasse le lecteur et le fascine en même temps !

Le pavillon des combattantes, Emma Donoghue, Presses de la Cité (2021), 336 pages

Si vous voulez d’autres avis : Little Pretty Books, Mille (et une) lectures de Maeve

The Last Duel. Critique du last film de Ridley Scott

En 2021 Ridley Scott fait sortir dans les salles, à très peu d’intervalle l’un de l’autre, deux films qui ont beaucoup attiré l’attention du grand public : House of Gucci, ou plutôt “ faisons faire un autre film à Lady Gaga “, et The Last Duel. Entre Lady Gaga qui ne chante pas et un drame médiéval qui promet violence, injustices et sang, je vote pour le “Moyen-Age”.

Comme pour House of Gucci, dans The Last duel, Ridley Scott décide de s’inspirer d’un fait historique. Il s’agit du dernier duel à mort (légal)  ayant eu lieu en France dans le bas Moyen Âge (bizarre rappel autoréférencé à son premier film, Les Duellistes,1977).

Pour son scénario, le réalisateur part d’un essai d’Eric Jager, The Last Duel : A True Story of Crime, Scandal, and Trial by Combatin Medieval France (2004). Nous sommes en France au XIIeme siècle et Jean de Carrouges (un très moche mais convaincant Matt Damon) est au service du jeune roi de France, Charles VI (Alex Lawther). Un tantinet complexé par un certain besoin de reconnaissance et d’honneur, le caractère difficile de Carrouges provoque l’antipathie de son seigneur, le Comte Pierre l’Alençon (un Ben Affleck blond platine). A l’opposé du personnage de Matt Damon, il y a celui interprété par Adam Driver, Jacques Le Gris, écuyer charmant et brillant qui profite de l’amitié du Comte, avec qui il partage les plaisirs d’une vie libertine.

Quand Le Gris rencontre Marguerite de Carrouges (Jodie Comer), la belle femme de Matt Damon, il en reste infatué et, bien loin des codes de l’amour chevaleresque de la chansons de geste, il organise son viol. 

Ce qui d’habitude restait caché par le silence des femmes, cette fois arrive, par volonté des conjoints Carrouges, devant le tribunal. Seulement, selon la loi de l’époque la vérité était établie par Dieu à travers un duel mortel entre les deux parties civiles (Matt Damon et Adam Driver).

Le résultat est un drame assez sombre, raconté à travers trois différents points de vue : le mari, qui cache derrière une prétention de justesse l’envie de se venger de ce rival qui l’a blessé dans son orgueil ; l’agresseur, qui se déclare innocent parce que convaincu que sa victime était consentante ; la victime qui proclame son droit de raconter la vérité, écrire ainsi son nom dans l’Histoire.

Ridley Scott rembobine la cassette trois fois, il parcourt les mêmes événements et, en mettant en scène des différences vraiment subtiles, arrive à montrer la grande distance entre les personnages. Le point de vue le plus intéressant, et vraiment bien rendu, est sans doute celui de Marguerite. Par sa perspective féminine on decouvre la vie privée d’une femme qui n’a jaimais connu (et qui ne sais pas reconnaitre) le plaisir sexuel. 

Ce choix de l’histoire racontée trois fois, qui peut, par certains côtés et pour des raisons évidentes sembler répétitif, est surtout une technique intéressante et d’un réalisme impitoyable, qui prépare très bien le terrain à la scène finale, le duel.

Ce combat très attendu est magistralement tourné. On est loin de l’esthétique virile des combats chevaleresques. C’est un duel lourd, fatiguant, intense, boueux et « charnel ». Et, évidemment, le résultat est imprévisible. 

The Last Duel est un film que vous devez absolument regarder si vous avez envie d’une histoire cruelle et complexe. Le réalisateur se révèle encore une fois un maître du tournage des scènes d’action, il suffit de penser à La Chute du faucon noir et evidement à Gladiator, devenu un jalon fondamental du genre moderne, avec ses combats passionnants et très réalistes. La vraie maestria de Ridley Scott réside dans la réalisation des scènes d’action tout en parvenant à consacrer l’espace nécessaire au développement psychologique des personnages. Tout cela est The Last Duel.

Pour plus de critiques : Fucking Cinéphiles, Le Blog du Cinéma

Normal People – Sally ROONEY

Deuxième roman de Sally Rooney paru en 2018 et traduit en français en 2021, best-seller et source d’inspiration de la célèbre série éponyme, Normal People est un livre qui a beaucoup fait parler de lui. C’est en effet un roman qui présente des éléments plutôt originaux et non conventionnels qui ont divisé ses lecteurs en deux avis opposés: je l’ai détesté – je l’ai adoré.

Quand j’ai commencé à lire Normal People je me suis sentie désorientée, j’ai tout de suite perçu que quelque chose clochait. Cela par contre ne m’a pas empêchée de continuer la lecture, avec un intérêt croissant et une attention particulière à certains détails insolites qui font de ce livre une lecture intéressante et de son autrice une écrivaine à surveiller. 

Mais une chose à la fois. D’abord la trame : ce roman raconte la vie de Marianne et Connell, depuis leur dernière année de lycée, jusqu’à la fin de l’université. Un arc temporel de dix ans dans lequel on parcourt les drames, les changements, les décisions et l’évolution des deux personnages principaux. Marienne et Connell sont amis, mais ils sont aussi amoureux.se l’un.e de l’autre. On les suit dans leurs tentatives de vivre cet amour, mais aussi de défendre leur amitié. On les voit avancer et faire les choix qui les définiront en tant que personnes (normales, possiblement) dans leur chemin vers la vie adulte. Normal People est, donc, aussi un roman de formation.

Dans ce récit, l’autrice utilise une narration non-linéaire : d’un chapitre à l’autre il peut y avoir un écart de deux semaines comme de six mois. La technique du flashback est souvent utilisée pour mettre en valeur le lien qu’il peut y avoir entre une décision du présent et une  » blessure  » du passé. Rooney choisit de ne pas donner à son récit un ordre chronologique propre et elle raconte l’histoire en procédant par allers-retours qui peuvent à la fois intriguer ou exaspérer le lecteur. 

Ce qu’on constate, par contre, c’est qu’il s’agit d’une décision délibérée : Sally Rooney n’a pas perdu les pedales. Non, elle décide d’abuser du flashback pour privilégier l’introspection au récit factuel. Cela parfois au détriment du lecteur (enfin, ça dépend du type de lecteur), qui peut se sentir perdu, qui doit faire l’effort (un petit effort, voyons) de raisonner sur le timing des événements, mais qui pourra, grâce à cela, entrer en contact plus intime avec les personnages et leurs monologues intérieurs. Il faut débloquer cette lecture afin qu’elle puisse vous fasciner.

Le choix de donner de l’importance et plus d’espace à l’introspection, se manifeste aussi dans la lente évolution de l’histoire factuelle.  Marianne et Connell sont tous les deux, au début du livre, deux adolescents avec leurs potentialités, leurs tabous, leurs traumatismes, leurs rêves. Il y a tous les éléments pour tisser un récit riche de révélations, de détournements et avec une vitesse progressive dans l’action… Surtout on sent que Sally Rooney en a les capacités, car dès les premières pages on respire sa forte personnalité et son charisme littéraire qui se reflète aussi dans des personnages intéressants, compliqués et très attachants. Et, pourtant, le lecteur a l’impression d’être dans la recherche constante de quelque chose de vraiment marquant, d’un changement important, un geste héroïque fait par un personnage, un acte, une prise de position, un enseignement, une morale. Bref, quelque chose qui amène l’histoire à son accomplissement et qui puisse, donc, apaiser le lecteur.

MAIS NORMAL PEOPLE CE N’EST PAS UN LIVRE FAIT POUR SATISFAIRE LE LECTEUR.

Et ceci est loin d’être un défaut mais est, au contraire, l’un des aspects les plus intéressants du roman. Le lecteur qui arrive vraiment à saisir la plume de Sally Rooney et à comprendre son projet de roman, pourra voir comment cette frustration, ce sentiment d’inachevé, n’est pas l’effet collatéral d’un style littéraire. Il s’agit d’un sentiment recherché par l’autrice et totalement en accord avec son idée de récit et son but littéraire : on parle de réalisme. La platitude ressentie dans le récit n’est là que pour refléter la lenteur de la vraie vie et de l’évolution d’une personne réelle. Dans leur histoire, les personnages de Normal People ne réagissent pas à leurs drames comme on pourrait s’y attendre, ils ne surmontent pas vraiment leurs traumatismes comme le héros d’un roman “ devrait le faire ”. Ce sont des anti-héros. Le but de Rooney n’est donc pas d’offrir des modèles, ni de montrer des possibilités de rédemption. Son approche (et son but aussi) est analytique. Son objectif est de fournir un miroir de la normalité et de ce que parfois on oublie être la normalité. 

Le grand thème qui habite ce livre est aussi une problématique latente dans les normal people : l’incommunicabilité. Ou, mieux, la difficulté de communiquer. 

C’est assez paradoxal, et donc intéressant, de voir comment un roman qui parle de ce sujet abrite énormément de dialogues.

La vraie histoire de ce roman se passe à l’intérieur des personnages, c’est-à-dire dans les dialogues et dans les monologues. Ce sont sans doute les parties les plus intéressantes et fascinantes du livre. Ils marquent une certaine originalité déjà par leur “ mise en page “ : pas de ponctuation, mais que des phrases successives, ce qui rappelle le style de Saramago (pensons à Aveuglément, où l’écrivain portugais transcrit les dialogues sans aucun guillemets, en créant un sentiment de désorientation dans la lecture, voire  » d’aveuglément « ).

Le lecteur s’immerge dans des dialogues directs très serrés et rapides. Il arrive de se perdre parmi les interlocuteurs, mais ce n’est pas grave ! Un lecteur oisif se plaindra de devoir souvent revenir en arrière pour rattraper le fil de l’échange ; un lecteur attentif et sagace comprendra le style de Rooney et son but : nous faire plonger dans un véritable flux de conscience, qui reste valable (et utile pour ceux qui souhaitent faire de la psychothérapie) même si on laisse de côté la trame et les personnages. 

NORMAL PEOPLE SE RÉVÈLE ÊTRE UN ROMAN EXPÉRIMENTAL

Tout cela ne fonctionnerait pas si ce n’était pas supporté par un grand talent d’écriture.

La plume de Sally Rooney est pareil à l’acupuncture : des mots simples qui se révèlent efficaces et perturbants grâce au moment où elle choisit de les utiliser. Atteindre une telle efficacité en employant un vocabulaire essentiel et une syntaxe parfois lapidaire est une tâche très difficile. Cette jeune autrice y arrive magistralement, en conférant aussi un côté cinématographique à son écriture, ce qui, à mon avis, a permis à la série inspirée du roman de rencontrer autant de succès. 

Pour conclure, Normal People est un excellent roman qui mérite le temps d’un lecteur attentif. Son autrice se démarque par sa plume intelligente et très contemporaine. Je suis très curieuse de lire son dernier livre, Beautiful World, sorti en 2021 mais pas encore traduit en français. La question que je me pose est la suivante : sera-t-il à la hauteur de celui-ci, ou prendra-t-il la forme d’un livre “sympa” mais médiocre, objet d’un succès pas assez mérité, comme c’était le cas de son premier Conversation entre amis ?  

 

Le Vicomte Pourfendu – Italo CALVINO

Italo Calvino est l’un des auteurs les plus incroyables ayant jamais existé.

Oui, c’est un incipit assez fort. Mais c’est aussi la phrase que je répète dans ma tête à chaque fois que j’ai un de ses livres dans les mains.

Grand must de la littérature italienne du XXe siècle, ses livres font partie de ces classiques qu’on pourrait lire et relire plusieurs fois dans la vie tout en continuant à découvrir différents niveaux de lecture.

J’ai lu Calvino pour la première fois à 13 ans et j’ai régulièrement BESOIN de me replonger dans ses histoires et me laisser bercer par sa plume, par ses mots soigneusement recherchés, jamais lyriques, toujours très expressifs, colorés, qui sentent les contes de fées. Son écriture délicate, d’une simplicité déroutante et prégnante, véhicule toujours un message politique et philosophique très engagé.

Le Vicomte Pourfendu est un récit fantastique qui compte à peine un peu plus de cent pages, paru en 1952 et premier opus de la trilogie dont font partie Le Baron perché (1957) et Le Chevalier inexistant (1959).

La trame de ce roman est choquante et drôle à la fois, raison pour laquelle j’ai toujours envie de conseiller ce livre. C’est l’histoire de Medardo de Terralba, qui se retrouve divisé en deux après avoir été frappé par un coup de canon pendant la guerre contre les Turcs. Oui, rien de plus simple et incroyable : son corps est tranché dans le sens de la longueur en deux parties égales qui restent toujours vivantes mais qui continuent à vivre séparées. Mais les deux parties, c’est-à-dire les deux Vicomtes, sont en rivalité et en parfaite dichotomie. Comme le corps, l’âme du vicomte a elle aussi été divisée en deux opposés : son bon côté et son côté méchant.

On dirait un conte pour enfants (pourquoi pas), mais c’est surtout une métaphore efficace et parlante, que Calvino développe tout au long de l’histoire pour représenter le mal-être de l’homme contemporain, son caractère incomplet et l’insuffisance d’une vision manichéenne dans la vie. Car, si le bad-Vicomte est vraiment cruel et malveillant dans sa façon d’agir, la gentillesse du good-Vicomte se révèle insuppourtable et écoeurante.

Ce qui est fascinant dans ce livre, et dans tout Calvino en fait, c’est cette génialité pas du tout prétentieuse mais toujours pertinente qui se manifeste dans sa capacité à harmoniser réalisme et fantasie, pour raconter la complexité du monde qui nous entoure.

Le Vicomte Pourfendu est absolument un livre qui mérite d’être découvert et aussi un premier pas dans le monde d’Italo Calvino.

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