L’évènement – Audrey DIWAN

L’adaptation du magnifique livre d’Annie Ernaux !

J’ai enfin vu le film L’évènement et j’ai eu envie de vous en parler !
Ce film sorti en 2021 est l’adaptation du célèbre roman semi-autobiographique d’Annie Ernaux. Il a été sacré Lion d’or ET Grand prix du jury de la Mostra de Venise, César du meilleur film ET de la meilleure réalisation. De plus, l’actrice jouant le rôle principal, Anamaria Vortolomei, a obtenu le César du Meilleur jeune espoir féminin. C’est peu dire que ce long-métrage a reçu un avis critique très favorable.

Petit rappel sur l’histoire de la publication du roman et la décision de la réalisatrice Audrey Diwan de l’adapter.

En 2000, l’autrice Annie Ernaux décide de raconter un moment très particulier de sa vie de jeune adulte : son avortement. Grâce à cet ouvrage, elle se libère d’un silence qui l’emprisonnait et déculpabilise toutes les jeunes femmes « qui sont passées par là » et qui se sentent coupables.
Audrey Diwan était déjà une amatrice des livres d’Annie Ernaux mais ce n’est qu’après sa propre interruption de grossesse qu’elle lit L’évènement. Elle réalise alors les difficultés, la détresse ressenties lors d’un avortement clandestin et décide de l’adapter au cinéma.

Résumé (ATTENTION SPOILER pour celles et ceux qui ne connaissent aucune des deux œuvres)

Année 1963 : Anne est une étudiante brillante à l’université d’Angoulême. Elle sort de temps en temps avec ses amies mais la sexualité reste un sujet tabou.
C’est après un passage chez le médecin qu’elle apprend qu’elle est enceinte. Elle ne songe pas une seule seconde à garder l’enfant et demande au praticien de l’aide qu’il refuse. Il la met en garde contre cet acte illégal qui est risqué pour le médecin et la patiente. Anne s’entête et décide de prendre rendez-vous chez un gynécologue. Celui-ci lui prescrit des injections censées provoquer l’avortement. Elle attend la délivrance pleine d’appréhension, sans résultat.
Désespérée, sans aucune personne vers qui se tourner, la jeune femme décide de prendre les choses en main, seule. Elle tente sa chance avec des aiguilles à tricoter mais ne réussit qu’à se blesser sans atteindre le fœtus.
Les semaines défilent et l’espoir d’Anne se délite, l’empêchant de réviser et la laissant vidée. C’est alors que Jean, l’un de ses amis à qui elle s’était confiée, lui présente une amie, Laetitia. Cette dernière lui donne le contact d’une « faiseuse d’ange » à Paris. L’étudiante reprend espoir mais les obstacles ne sont pas terminés : elle doit réunir une somme d’argent conséquente pour l’intervention qui est à Paris.
Le jour du rendez-vous, la femme qui l’accueille lui explique que les injections prescrites par le gynécologue renforçaient le fœtus et non l’inverse. Elle lui pose une sonde et lui dit que tout rentrera dans l’ordre dans les prochains jours. Mais c’est un échec. Anne retourne à l’endroit du rendez-vous, la faiseuse d’ange lui explique que son choix de poser une seconde sonde est dangereux. Elle insiste.
En rentrant chez elle, la jeune femme fait une hémorragie. Elle est admise à l’hôpital, frôle la mort mais son souhait est enfin accordé : elle n’est plus enceinte. Elle peut reprendre le cours de sa vie.

Mon avis

Le livre m’avait bouleversé, le film m’a enchanté.
Audrey Diwan est restée très fidèle à Annie Ernaux. La caméra suit le personnage d’Anne comme une ombre. Elle nous fait ressentir son mal-être, sa détresse. Ces émotions sont prenantes grâce au jeu d’Anamaria Vortolomei qui est d’une grande justesse. Sans surenchère, elle nous fait vivre l’angoisse, la peine, le désespoir, la volonté et la persévérance de son personnage.

J’ai également beaucoup apprécié le choix de la réalisatrice de traiter en filigrane la question des mœurs. Contrairement au livre, qui se concentre sur l’épreuve que la jeune femme doit surmonter, le long-métrage met en lumière les préjugés de l’époque sur la sexualité. Anne est harcelée par certaines de ses camarades qui pensent que le sérieux de la promotion va être entachée par sa présence. Les hommes ne sont pas épargnés non plus. Jean, censé être son ami, tente d’avoir une relation sexuelle avec elle avant de l’aider, sous prétexte qu’elle est déjà enceinte et qu’il n’y a plus aucun risque. C’est aussi un signe de l’insouciance, voire de l’inconscience, de cette génération face aux maladies sexuellement transmissibles.

Naturellement, outre la réalisation, c’est le sujet traité qui marque. L’ouvrage d’Annie Ernaux n’est pas de notre génération, même s’il a une portée universelle. En l’adaptant, Audrey Diwan lance un message fort alors qu’aujourd’hui le droit à l’avortement est menacé ou interdit à travers le monde. Je pense naturellement aux Etats-Unis, à la Pologne de manière flagrante. Mais le problème existe aussi en France. N’avez-vous jamais entendu parler de cette « clause de conscience » que les médecins invoquent pour refuser de pratiquer un acte médical ? Cette tendance gagne du terrain. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’ai décidé d’écrire sur ces deux œuvres, afin de rappeler que les femmes ont le droit de disposer de leur corps comme elles l’entendent.
L’évènement montre que le combat de nos aînées pour légaliser l’avortement est aussi le nôtre pour le préserver.

Une jeune fille qui va bien, Sandrine Kiberlain

Un premier film réussi pour Sandrine Kiberlain.

« Il fait toujours beau les jours de catastrophe. »

Eté 1942, Irène à dix-neuf ans, elle est juive. Elle est comme toutes les jeunes filles de son âge : elle a des rêves plein la tête. Le sien, c’est le théâtre. Elle veut devenir comédienne. Elle va bien. Elle vit, rit entourée de ses amis et de sa famille. Pourtant les lois antisémites se durcissent, impactant de plus en plus la vie familiale. Son père ne veut pas faire de vague alors que sa grand-mère est moins naïve. Elle sent le pire arriver.
Malgré la guerre, Irène ne renonce ni à sa joie de vivre ni à sa passion. Encore moins à sa première histoire d’amour. Elle poursuit son chemin avec plus ou moins de légèreté . Comment peut-elle être si éclatante et insouciante dans une époque si terrible ?

Une jeune fille qui va bien est le premier long métrage de Sandrine Kiberlain, réalisé en 2021. Elle nous offre un film d’époque moderne, bouleversant et intemporelle. Le spectateur s’identifie à cette jeunesse qui veut vivre malgré tout. Dans ce film, la guerre est en arrière plan, on ne voit pas de soldats pourtant la tension monte. Les sujets abordés tel que la maladie, l’amour, le fait d’être juif sont traités sur le même plan ce qui peut en laisser certains sur leur faim. Pourtant, c’est aussi ce qui fait son charme.  L’histoire est prenante, un véritable hymne à la jeunesse. Sandrine Kiberlain montre la joie, la liberté qu’on a quand on a dix-neuf ans pour évoquer le pire, la guerre.

Rebecca Marder joue avec intensité le rôle d’Irène et enchante le spectateur, l’emporte avec son énergie et son sourire éclatant. Actrice de 27 ans et pensionnaire de la Comédie-Française, on a pu la voir, entre autre, dans Un homme pressé de Hervé Mimran (2018), Seize printemps de Suzanne Lindon, (2020). On la retrouvera sur grand écran en juin 2022 avec le film de Michel Leclerc Les goûtes et les couleurs  avec Félix Moati.

 « Il fait toujours beau les jours de catastrophe. »
Cette phrase est mise en exergue dans le film de Sandrine Kiberlain. Elle est extraite du Journal d’Hélène Beer, étudiante juive pendant la Seconde Guerre Mondiale qui a beaucoup marqué l’actrice et réalisatrice. Une jeune fille qui va bien, fait parti de ces films qui restent en tête.

The Last Duel. Critique du last film de Ridley Scott

En 2021 Ridley Scott fait sortir dans les salles, à très peu d’intervalle l’un de l’autre, deux films qui ont beaucoup attiré l’attention du grand public : House of Gucci, ou plutôt “ faisons faire un autre film à Lady Gaga “, et The Last Duel. Entre Lady Gaga qui ne chante pas et un drame médiéval qui promet violence, injustices et sang, je vote pour le “Moyen-Age”.

Comme pour House of Gucci, dans The Last duel, Ridley Scott décide de s’inspirer d’un fait historique. Il s’agit du dernier duel à mort (légal)  ayant eu lieu en France dans le bas Moyen Âge (bizarre rappel autoréférencé à son premier film, Les Duellistes,1977).

Pour son scénario, le réalisateur part d’un essai d’Eric Jager, The Last Duel : A True Story of Crime, Scandal, and Trial by Combatin Medieval France (2004). Nous sommes en France au XIIeme siècle et Jean de Carrouges (un très moche mais convaincant Matt Damon) est au service du jeune roi de France, Charles VI (Alex Lawther). Un tantinet complexé par un certain besoin de reconnaissance et d’honneur, le caractère difficile de Carrouges provoque l’antipathie de son seigneur, le Comte Pierre l’Alençon (un Ben Affleck blond platine). A l’opposé du personnage de Matt Damon, il y a celui interprété par Adam Driver, Jacques Le Gris, écuyer charmant et brillant qui profite de l’amitié du Comte, avec qui il partage les plaisirs d’une vie libertine.

Quand Le Gris rencontre Marguerite de Carrouges (Jodie Comer), la belle femme de Matt Damon, il en reste infatué et, bien loin des codes de l’amour chevaleresque de la chansons de geste, il organise son viol. 

Ce qui d’habitude restait caché par le silence des femmes, cette fois arrive, par volonté des conjoints Carrouges, devant le tribunal. Seulement, selon la loi de l’époque la vérité était établie par Dieu à travers un duel mortel entre les deux parties civiles (Matt Damon et Adam Driver).

Le résultat est un drame assez sombre, raconté à travers trois différents points de vue : le mari, qui cache derrière une prétention de justesse l’envie de se venger de ce rival qui l’a blessé dans son orgueil ; l’agresseur, qui se déclare innocent parce que convaincu que sa victime était consentante ; la victime qui proclame son droit de raconter la vérité, écrire ainsi son nom dans l’Histoire.

Ridley Scott rembobine la cassette trois fois, il parcourt les mêmes événements et, en mettant en scène des différences vraiment subtiles, arrive à montrer la grande distance entre les personnages. Le point de vue le plus intéressant, et vraiment bien rendu, est sans doute celui de Marguerite. Par sa perspective féminine on decouvre la vie privée d’une femme qui n’a jaimais connu (et qui ne sais pas reconnaitre) le plaisir sexuel. 

Ce choix de l’histoire racontée trois fois, qui peut, par certains côtés et pour des raisons évidentes sembler répétitif, est surtout une technique intéressante et d’un réalisme impitoyable, qui prépare très bien le terrain à la scène finale, le duel.

Ce combat très attendu est magistralement tourné. On est loin de l’esthétique virile des combats chevaleresques. C’est un duel lourd, fatiguant, intense, boueux et « charnel ». Et, évidemment, le résultat est imprévisible. 

The Last Duel est un film que vous devez absolument regarder si vous avez envie d’une histoire cruelle et complexe. Le réalisateur se révèle encore une fois un maître du tournage des scènes d’action, il suffit de penser à La Chute du faucon noir et evidement à Gladiator, devenu un jalon fondamental du genre moderne, avec ses combats passionnants et très réalistes. La vraie maestria de Ridley Scott réside dans la réalisation des scènes d’action tout en parvenant à consacrer l’espace nécessaire au développement psychologique des personnages. Tout cela est The Last Duel.

Pour plus de critiques : Fucking Cinéphiles, Le Blog du Cinéma

Spotlight – Tom McCarthy

Un film magistral à voir absolument !

Je sais que ce film n’est pas récent mais pour vous dire la vérité, il est repassé sur France 5 cette semaine et j’avais envie d’en parler. A chaque fois qu’il passe, je ne peux pas m’empêcher de le regarder et de rester littéralement scotchée à mon écran. Je me suis dit que c’était l’occasion d’une chronique, si ce n’est un éloge.

Ce long-métrage retrace l’enquête réalisée par le Boston Globe en 2002 concernant les abus sexuels qu’ont subi des enfants par des prêtres catholiques. L’équipe de journalistes a d’ailleurs été récompensée par le prix Pulitzer en 2003. Quant au film, il a été sacré meilleur film et meilleur scénario original aux Oscars en 2016.

Spotlight est donc le nom de la rubrique d’enquête du Boston Globe se consacrant au journalisme d’investigation. En 2001, le nouveau rédacteur en chef du journal, Marty Baron, demande aux journalistes de se concentrer sur le prêtre John Geoghan, accusé de pédophilie. L’équipe est composée de Michael Rezendes (Mark Ruffalo), Sacha Pfeiffer (Rachel McAdams), Matt Carroll (Brian d’Arcy James) et leur leader Walter Robinson (Michael Keaton). Ce qui avait commencé comme une histoire isolée devient une affaire de grande ampleur quand ils découvrent que de nombreuses personnes ont subi des crimes sexuels infligés par des personnes du clergé.
Ils entament alors un vrai travail de fond en essayant d’interroger les victimes mais aussi en se rapprochant d’un avocat déjà impliqué dans ces affaires, Mitchell Garabedian.

On peut reprocher à Spotlight une structure très classique rappelant évidemment Les Hommes du président ou se rapprochant du plus récent Pentagon Papers (The Post en anglais). Néanmoins, Tom McCarthy met en scène une enquête journalistique prenante accentuée de réalité quant aux modalités de travail des journalistes. De plus, on ne peut qu’admirer la justesse du jeu des acteurs qui se sont réellement documentés et ont essayé de se rapprocher le plus possible des personnages qu’ils incarnaient.
J’aime les différentes approches de chacun concernant le travail à effectuer : Rachel McAdams qui interroge les victimes, Mark Ruffalo en étroite collaboration avec l’avocat Garabedian ou encore Michael Keaton supervisant son équipe.
Pour ajouter au réalisme du film, le réalisateur a décidé de montrer comment cette entreprise affecte les personnages, les rendant plus humains et imparfaits.

ATTENTION SPOILER (SI VOUS N’AVEZ PAS VU LE FILM NE LISEZ PAS CE PARAGRAPHE)

Je veux vous parler de cette très belle scène (qui certes peut paraître facile mais que j’aime beaucoup) à la fin de Spotlight. Je ne peux m’empêcher d’être touchée quand ils arrivent au Boston Globe le dimanche et qu’ils se rendent compte que le téléphone n’arrête pas de sonner pour déclarer de nouvelles victimes. Je trouve que c’est à ce moment-là qu’il y a consécration. Leur implication et leur labeur a payé, ils ont été utiles et ont permis de mettre en lumière une injustice qui avait été cachée pendant des années.
Le générique du film, avec la liste des pays où ces actes ont été commis également, donne une nouvelle fois une dimension réelle au film. Il nous fait réaliser à quel point ces actes ne sont pas isolés et doivent être condamnés.

C’EST BON VOUS POUVEZ FINIR DE LIRE L’ARTICLE

Je veux simplement conclure en vous disant que si vous n’avez pas vu ce long-métrage, installez-vous devant un écran et visionnez-le. Il vous aura éclairé sur des faits qui restent encore actuels et vous aura fait passer un très bon moment. Et pour ceux l’ayant déjà vu, il n’y a aucun mal à le revoir (je regarde bien Le Seigneur des anneaux trois fois par an, version longue s’il faut le préciser).

Si vous souhaitez lire d’autres critiques : Le Blog du Cinéma, Les Téléphages Anonymes

Bac Nord – Cédric JIMENEZ

Aujourd’hui, je vous parle de ce film français qui a déjà fait couler beaucoup d’encre dans la presse : Bac Nord, sorti en salle en 2020.
Je tiens à vous dire dès à présent que je ne rentrerai pas dans le débat de la récupération politique dont ce long-métrage a fait l’objet.

Avant tout, un petit rappel des faits dont le réalisateur s’est inspiré : en 2012, 18 policiers de la brigade anti-criminalité du secteur nord de Marseille sont mis en garde à vue pour corruption, racket, trafic de drogue et enrichissement personnel. L’évènement fait scandale, les politiques et la presse s’en emparent pour relancer le débat sur les pratiques utilisées par les forces de l’ordre afin de procéder à des arrestations.

Dans sa réalisation, Cédric Jimenez a décidé de mettre en scène trois protagonistes interprétés par Gilles Lellouche, François Civil et Karim Leklou.
Ils incarnent trois policiers qui passent un marché avec l’un de leurs indic’. Le deal est simple : une information pour faire tomber un réseau important de drogue dans les quartiers nord de Marseille contre 5 kilos de cannabis. Leur hiérarchie donne son aval, ils arrivent à appréhender les trafiquants. Quelques mois plus tard, l’IGPN les arrête et les met en détention provisoire car leur supérieur prétend n’avoir jamais eu connaissance de cet arrangement.

Tout d’abord, la forme ! Je n’ai pas de critique négative particulière sur la cinématographie de ce film. Le metteur en scène offre un film nerveux, assez réaliste avec une scène particulièrement bien réussie lorsque les personnages se trouvent confrontés aux habitants de la cité. La tension de cette séquence est parfaitement menée, à mon sens.
J’émets toutefois quelques doutes concernant le jeu des acteurs. Gilles Lellouche donne une image assez archétypale de l’inspecteur de 50 ans qui n’a pas réussi à se construire en dehors de son travail. François Civil est le jeune des quartiers qui a préféré être flic plutôt que voyou. Quant au personnage de Karim Leklou, il « sauve » l’équipe avec son enfant et sa femme jouée par Adèle Exarchopoulos. Sans vouloir faire de raccourci, j’ai l’impression de retrouver la même composition que la série Braquo. En somme, peu d’originalité malgré un jeu pas si mauvais, sans être fantastique.

Ensuite le fond ! On comprend clairement que le metteur en scène a voulu critiquer un système en montrant ses défauts et ses incohérences. Les policiers de la BAC étaient portés aux nues, considérés comme des « supers-flics » donc on apportait peu d’attention aux méthodes employées. Cependant, personne n’était dupe. Jimenez dresse donc un tableau assez flatteur de ces « héros » qui prennent des risques afin de faire leur travail. Il pointe du doigt une hiérarchie qui détourne les yeux quand c’est arrangeant et qui crie au scandale en feignant de ne pas avoir su.
Je peux comprendre l’incompréhension de ces hommes qui pensaient être protégés par leur institution ainsi que le sentiment d’injustice d’être épinglés et pris en exemple pour des méthodes utilisées par le plus grand nombre de leurs collègues. Malgré tout, je ne peux adhérer au postulat faisant d’eux des victimes et non des coupables.
Je trouve donc que la manière dont le réalisateur traite ce sujet épineux est trop dichotomique. D’un côté la « méchante » institution qui ne protège pas ses agents, de l’autre les « pauvres » hommes piégés sans défense.

En outre, si vous voulez regarder un bon film français avec des flics flirtant avec la légalité, je vous conseille plutôt de (re)voir les films d’Olivier Marchal plutôt que la création de Cédric Jimenez.
Et avouons-le , on préfère Jean-Hugues Anglade et Nicolas Duvauchelle (Braquo) à Gilles Lellouche (désolée mais c’est la vérité).

Ailleurs sur la blogosphère : Cinexpressions, Christoblog

Netflix massacre Massacre à la tronçonneuse

La plateforme de SVoD nous offre un désastreux périple entre le Texas et le mauvais goût en se la jouant millenials.

En 2018, arrivait dans les salles obscures Halloween, réalisé par David Gordon Green. Ce nouveau long-métrage se voulait un remake du chef-d’oeuvre de Carpenter tout en étant en même temps la suite de ce dernier. Ainsi, Jamie Lee Curtis reprenait son rôle culte de Laurie pour devenir la chasseresse de son némésis, Michael Myers, et obtenir, 40 ans après, sa vengeance, la paix ou les deux. Bien qu’il ne soit pas le premier à être un remake/suite en même temps, ce Halloween lance une vague de films d’horreur qui reprennent la même formule et qui nous hurlent au visage: « Regarde comme je suis méta et conscient que je suis là pour tenter de ressusciter une licence à bout de souffle car il est visiblement impossible d’accoucher des films d’horreur originaux »(aux Etats-Unis), du moins si on ne s’appelle pas James Wan. Si nous ne sommes jamais à l’abri d’une bonne surprise, comme l’excellent Candyman, d’autres long-métrage arrivent à être à côté de la plaque à un point qui force le respect.

Il est laid, le film aussi.

Le film s’ouvre sur un documentaire qui retrace les événements auxquels nous assistons dans le premier Massacre à la tronçonneuse. Quelques minutes suffisent pour nous présenter un groupe de jeunes influenceurs citadins et qui ont pour projet d’acheter une petite ville -rien que ça- texane déserte pour la transformer en une sorte de ZAD mais pour bourgeois. Cette ville, c’est Harlow, décor de meurtres atroces qui ont été commis à la tronçonneuse sur un groupe de jeunes il y a une quarantaine d’années. Notre groupe de personnages principaux doit se rendre dans la ville pour la rendre présentable pour accueillir les futurs investisseurs du projet. Une fois le traditionnel passage à la station service avec l’inquiétant pompiste évacué, nos joyeux lurons arrivent dans le lieu qui nous intéresse.

Seul hic, un drapeau sudiste orne encore une habitation. Voilà qui pourrait faire bien mauvais genre pour l’Instagram de nos chers influenceurs, qui, ni une ni deux, décident de décrocher le dit-drapeau. A l’intérieur de la maison, une vieille femme prétend ne pas voir le mal à afficher un tel drapeau et explique qu’elle refuse de quitter les lieux. Un autre habitant occupe les lieux, mutique et géant. Aussi subtilement qu’un roman de Frédéric Beigbeder, le film nous fait comprendre qu’il s’agit de Leatherface -incroyable retournement n’est-ce pas ?Une crise cardiaque et une mamie morte plus tard, le tueur décide de renouer avec ses vieux vices et d’assassiner sauvagement tout ce qui bouge. Dans le même temps, Sally, final girl du premier volet entend un signal de détresse et comprend que son ancien ennemi a repris du service. Doté d’un arsenal à faire pâlir Rambo, elle décide d’à son tour devenir la chasseresse.

Sans doute une spectatrice du film, mais on a pas de preuve.

Massacre à la tronçonneuse est une saga en dents de scie, pourtant ce nouveau et neuvième volet réussit à atteindre des tréfonds du cinéma d’horreur dans un Tartare que n’atteignent même pas les Ouija ou autres American Nightmare, et ce pas seulement sur la forme mais aussi sur le fond. En effet avec ce long-métrage, le grand penseur-réalisateur David Blue Garcia nous gratifie de son point de vue sur la société. Ainsi, avec ses personnages principaux qui deviendront les victimes de Leatherface, c’est toute la jeunesse américaine que le metteur en scène veut représenter. Ces méchants bobo-gauchistes ont commis le crime de vouloir cancel le drapeau sudiste et devront payer pour ça. Le réalisateur ne cesse de montrer que ces vilains wokes ne sont rien sans leur portable et que les vrais problèmes ne peuvent être réglés que par des texans pur-jus pro-armes qui eux, virils comme les vrais hommes le sont, savent se démerder.

Le long-métrage insiste bien sur le fait que le tueur ne fait que réagir aux actions des personnages principaux, pas l’inverse. C’est la faute des victimes si elles se font tuer. Le parti que prend le réalisateur est clair : les personnages qui sont censés représenter cette jeunesse américaine sont tous incroyablement antipathiques. Leurs meurtres, plus horribles les uns que les autres, sont réalisés avec une légèreté qui laisse peu de doute sur ce que le réalisateur pense des jeunes de son pays. La confrontation entre jeunes progressistes et Leatherface, incarnation du Texas, est pourtant un sujet dont le genre horrifique pourrait s’emparer. Garcia passe cependant complètement à côté en caricaturant ses personnages en bourgeois-influenceurs insupportables, reprenant ainsi les codes de l’extrême-droite américaine qui ne cesse de brailler sur le wokisme ou la cancel culture.

Rare image de wokes en train de cancel un Texan

Le film a la décence de ne faire qu’une heure et vingt minutes, au moins, ça passe plutôt vite. Pourtant, il faut quand même une cinquantaine de minutes aux scénaristes du film pour se rappeler que l’intitulé du long-métrage implique la présence d’une tronçonneuse. Les meurtres, pensés comme dérangeants et dégoutants dans le film original, ne sont ici qu’un amoncellement de scène gores censées nous faire vibrer mais réalisées sans la moindre originalité dans la mise en scène. On pose la caméra à un endroit au hasard, et on regarde l’action passivement. Aucune tension n’est créee -ni même tentée- à aucun moment. Jamais le spectateur n’est inquiet, ne sachant d’où le danger va survenir. Garcia transforme la figure de Leatherface, humain complètement mortel avec (quelques) sentiments, en Michael Myers, figure du mal absolu quasi-invulnérable aux balles de toutes sortes.

Faire revenir Sally était une idée qui aurait pu être une idée intéressante. Les meurtres du film original sont particulièrement atroces, et les épreuves qu’elle traverse à la fin du film ont de quoi faire trembler n’importe qui. Montrer les conséquences de ce vécu 40 ans après aurait pu s’avérer une bonne idée. Le personnage est cependant traité exactement de la même manière que l’est Laurie dans le Halloween de 2018, il méritait mieux qu’une repompe d’un autre film en moins bien. L’interprétation de l’actrice Olwen Fouéré (qui n’est pas l’interprète originale, cette dernière étant décédée) ne sauve rien. D’ailleurs aucun comédien ne tente quoi que se soit pour tenter de remettre le train sur les rails. Conscients de ce dans quoi ils jouent, tous se contentent du minimum, réciter leurs répliques sans aucune volonté de faire passer la moindre émotion.

Aucun rapport mais ce film donne envie de caner

Aux amateurs du premier Massacre à la tronçonneuse ou tout simplement du genre horrifique, on ne saurait trop conseiller de passer leur chemin. Si ce n’est pas encore fait, on vous recommande le récent Halloween ainsi que l’excellent remake/suite de Candyman qui, dans le même genre, réussissent à rendre hommage à l’oeuvre originale tout en inventant quelque chose de nouveau pour la licence.