L’évènement – Audrey DIWAN

L’adaptation du magnifique livre d’Annie Ernaux !

J’ai enfin vu le film L’évènement et j’ai eu envie de vous en parler !
Ce film sorti en 2021 est l’adaptation du célèbre roman semi-autobiographique d’Annie Ernaux. Il a été sacré Lion d’or ET Grand prix du jury de la Mostra de Venise, César du meilleur film ET de la meilleure réalisation. De plus, l’actrice jouant le rôle principal, Anamaria Vortolomei, a obtenu le César du Meilleur jeune espoir féminin. C’est peu dire que ce long-métrage a reçu un avis critique très favorable.

Petit rappel sur l’histoire de la publication du roman et la décision de la réalisatrice Audrey Diwan de l’adapter.

En 2000, l’autrice Annie Ernaux décide de raconter un moment très particulier de sa vie de jeune adulte : son avortement. Grâce à cet ouvrage, elle se libère d’un silence qui l’emprisonnait et déculpabilise toutes les jeunes femmes « qui sont passées par là » et qui se sentent coupables.
Audrey Diwan était déjà une amatrice des livres d’Annie Ernaux mais ce n’est qu’après sa propre interruption de grossesse qu’elle lit L’évènement. Elle réalise alors les difficultés, la détresse ressenties lors d’un avortement clandestin et décide de l’adapter au cinéma.

Résumé (ATTENTION SPOILER pour celles et ceux qui ne connaissent aucune des deux œuvres)

Année 1963 : Anne est une étudiante brillante à l’université d’Angoulême. Elle sort de temps en temps avec ses amies mais la sexualité reste un sujet tabou.
C’est après un passage chez le médecin qu’elle apprend qu’elle est enceinte. Elle ne songe pas une seule seconde à garder l’enfant et demande au praticien de l’aide qu’il refuse. Il la met en garde contre cet acte illégal qui est risqué pour le médecin et la patiente. Anne s’entête et décide de prendre rendez-vous chez un gynécologue. Celui-ci lui prescrit des injections censées provoquer l’avortement. Elle attend la délivrance pleine d’appréhension, sans résultat.
Désespérée, sans aucune personne vers qui se tourner, la jeune femme décide de prendre les choses en main, seule. Elle tente sa chance avec des aiguilles à tricoter mais ne réussit qu’à se blesser sans atteindre le fœtus.
Les semaines défilent et l’espoir d’Anne se délite, l’empêchant de réviser et la laissant vidée. C’est alors que Jean, l’un de ses amis à qui elle s’était confiée, lui présente une amie, Laetitia. Cette dernière lui donne le contact d’une « faiseuse d’ange » à Paris. L’étudiante reprend espoir mais les obstacles ne sont pas terminés : elle doit réunir une somme d’argent conséquente pour l’intervention qui est à Paris.
Le jour du rendez-vous, la femme qui l’accueille lui explique que les injections prescrites par le gynécologue renforçaient le fœtus et non l’inverse. Elle lui pose une sonde et lui dit que tout rentrera dans l’ordre dans les prochains jours. Mais c’est un échec. Anne retourne à l’endroit du rendez-vous, la faiseuse d’ange lui explique que son choix de poser une seconde sonde est dangereux. Elle insiste.
En rentrant chez elle, la jeune femme fait une hémorragie. Elle est admise à l’hôpital, frôle la mort mais son souhait est enfin accordé : elle n’est plus enceinte. Elle peut reprendre le cours de sa vie.

Mon avis

Le livre m’avait bouleversé, le film m’a enchanté.
Audrey Diwan est restée très fidèle à Annie Ernaux. La caméra suit le personnage d’Anne comme une ombre. Elle nous fait ressentir son mal-être, sa détresse. Ces émotions sont prenantes grâce au jeu d’Anamaria Vortolomei qui est d’une grande justesse. Sans surenchère, elle nous fait vivre l’angoisse, la peine, le désespoir, la volonté et la persévérance de son personnage.

J’ai également beaucoup apprécié le choix de la réalisatrice de traiter en filigrane la question des mœurs. Contrairement au livre, qui se concentre sur l’épreuve que la jeune femme doit surmonter, le long-métrage met en lumière les préjugés de l’époque sur la sexualité. Anne est harcelée par certaines de ses camarades qui pensent que le sérieux de la promotion va être entachée par sa présence. Les hommes ne sont pas épargnés non plus. Jean, censé être son ami, tente d’avoir une relation sexuelle avec elle avant de l’aider, sous prétexte qu’elle est déjà enceinte et qu’il n’y a plus aucun risque. C’est aussi un signe de l’insouciance, voire de l’inconscience, de cette génération face aux maladies sexuellement transmissibles.

Naturellement, outre la réalisation, c’est le sujet traité qui marque. L’ouvrage d’Annie Ernaux n’est pas de notre génération, même s’il a une portée universelle. En l’adaptant, Audrey Diwan lance un message fort alors qu’aujourd’hui le droit à l’avortement est menacé ou interdit à travers le monde. Je pense naturellement aux Etats-Unis, à la Pologne de manière flagrante. Mais le problème existe aussi en France. N’avez-vous jamais entendu parler de cette « clause de conscience » que les médecins invoquent pour refuser de pratiquer un acte médical ? Cette tendance gagne du terrain. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’ai décidé d’écrire sur ces deux œuvres, afin de rappeler que les femmes ont le droit de disposer de leur corps comme elles l’entendent.
L’évènement montre que le combat de nos aînées pour légaliser l’avortement est aussi le nôtre pour le préserver.

Trevanian réussit à atteindre le shibumi !

Un roman haletant qui n’a pas pris une ride.

Tous les ans, mes collègues et moi-même sommes dans l’obligation de sélectionner plusieurs œuvres, les résumer et donner aux lecteurs envie de les lire pendant l’été. Cette année, après avoir présenté plusieurs nouveautés, j’ai choisi le roman Shibumi. Je me suis dit que c’était une bonne occasion pour vous en parler aussi. Publié en 1979 et réédité chez Gallmeister il y a quelques années, cet ouvrage est considéré comme un classique du roman d’espionnage. La preuve en est que Don Wislow a écrit un préquel en 2011, Satori, imaginant un nouvel épisode de la vie du personnage principal Nicholaï Hel.

Mais qui est Trevanian ?

Le succès du roman est intimement lié à l’aura de mystère qui a longtemps entouré son auteur que l’on connaissait sous le pseudonyme de Trevanian. L’énigme commence dès son premier roman. La Sanction obtient une renommée mondiale mais aucune information sur l’auteur, qui ne prend pas la peine de le promouvoir. Idem pour les suivants. De nombreuses spéculations se créent dans le monde littéraire, ce qui plaît à Trevanian. Il engage même un individu pour assister à des cocktails mondains pour brouiller les pistes. Quand Shibumi sort, il accepte une interview téléphonique mais aucune indication sur son identité. Le Washington Post révèle en 1983 que Trevanian se nomme en réalité Rodney Whitaker, un texan né au Japon et professeur à l’université. Cependant, de nombreuses personnes doutent de la véracité des faits. On le présume mort en 1987 mais il publie un recueil de nouvelles qui dément l’information. A la suite de cette publication, il accepte deux autres interview par fax, confirmant son identité. Même si on sait que Trevanian est bien Rodney Whitaker, très peu de choses ont pu être réunies sur lui. Il meurt en 2005, laissant un voile de mystère derrière lui.

La culture nippone exacerbée

Shibumi est une ode à la culture japonaise qui, d’après Trevanian et son protagoniste, Nicholaï Alexandrovitch Hel, a été dénaturée par la défaite de la Seconde guerre mondiale. Le mot japonais shibumi se réfère à l’esthétique, un sentiment généré par la beauté simple et subtile. Le personnage de Nicholaï va tenter tout au long de sa vie d’y être fidèle. Sa définition très évasive permet de multiples interprétations. Le roman est divisé en six parties, chacune évocant une stratégie utilisée dans le jeu de go (peut être juste une mini parenthèse qui explique ce qu’est le jeu de go ?)

L’intrigue

Nous ne connaissons pas la date exacte à laquelle se situe l’intrigue mais on sait qu’elle se déroule durant la guerre froide. Une entreprise paragouvernementale nommée la Mother Company contrôle tous les organismes de renseignements occidentaux (CIA, MI6 … etc) pour garder sa mainmise sur le pétrole. Lors d’une fusillade organisée par cette dernière dans un aéroport, l’une des cibles survit. C’est une jeune femme du nom de Hannah Stern. Elle réussit à s’échapper et trouve refuge dans un petit village du pays basque, dans la demeure de Nicholaï Alexandrovitch Hel. Celui-ci est un tueur à gage mondialement connu, réputé pour son efficacité et sa technique particulière, le hoda kurusu (utilisation d’objets ordinaires pour tuer une personne). Hannah Stern va demander à Nicholaï de l’aider dans une entreprise périlleuse : tuer les membres d’une organisation appelée Septembre noir, responsable de la mort de son cousin. Par cette entreprise, elle espère se venger mais aussi honorer la mémoire de son oncle, Asa Stern, grand ami de Nicholaï. Va-t-il accepter, alors qu’il a pris sa retraite depuis deux ans et qu’il est déjà la cible de la Mother Company ?

Mon analyse

Contrairement à la plupart des romans d’espionnage classiques, Trevanian fait le choix de ne pas centrer le sujet de son roman sur le combat entre Hel et la Mother Company. En effet, il consacre 80% de l’ouvrage à l’histoire de Nicholaï. Personnage atypique, c’est certain. D’origine russe mais sans nationalité, né à Shanghai d’une aristocrate ayant fui l’URSS, Nicholaï va être balloté par les évènements qui constituent la « grande histoire ». Il passe de la prise de Shanghai par les japonais au bombardement d’Hiroshima et Nagasaki, puis se retrouve pris entre les Etats-Unis et l’URSS qui contrôlent la ville de Tokyo au lendemain de la guerre. On arrive ensuite dans le pays basque, tiraillé par son envie d’indépendance et son impuissance face à la force de la France et de l’Espagne. De plus, Nicholaï est doté de capacités exceptionnelles, renforcées par une discipline et une détermination de fer. On éprouve à son égard une certaine empathie mais surtout un sentiment de malaise face à cet homme singulier et parfois même « trop » parfait. Il excelle dans absolument tout ce qu’il entreprend, y compris le sexe, qu’il utilise même pour « punir » certaines femmes. Autant dire qu’on repassera pour la figure féministe. Il représente l’idéal oriental, sorte de samouraï des temps modernes, confronté à l’américanisme grandissant dans le monde d’après guerre. Anachronique, certes, mais malgré tout appréciable si on arrive à faire abstraction.

Trevanian offre une critique cinglante des sociétés occidentales, considère les anglais incompétents, les français odieux et arrogants mais surtout, il exècre les américains. Cette société de « marchands », dont les origines constituent la lie de l’ancienne Europe, est malmenée à chaque instant. Elle ne peut rivaliser, selon lui, avec le raffinement de la culture japonaise. Pire, elle ne peut ni l’appréhender, ni la comprendre. Avec talent, il réussit à faire de son héros l’antagonisme total et brillant d’un James Bond fortement diminué (mais tout aussi sexiste rassurez-vous !). Tout ce qui fait partie en général d’un roman d’espionnage durant la guerre froide est détourné, remanié et savamment recréé pour faire de Shibumi une œuvre déroutante et originale. J’ai du relire cet ouvrage découvert il y a quelques années et j’y ai pris autant de plaisir. Je vous conseille fortement d’en faire de même.

Petite anecdote marrante que je ne savais pas où placer

Une note est glissée dans le roman concernant la technique du hoda kurusu utilisé par Hel. En effet, l’auteur précise qu’il ne donnera pas d’explication précise car certaines idées de ses précédents romans ont été appliquées consciencieusement, notamment le vol réussi d’œuvres d’art dans un musée hautement surveillé de Milan, et qu’il ne veut pas risquer de donner d’autres éléments pouvant permettre le succès d’activités criminelles.
Et d’ailleurs, ça ne vous fait pas penser aux méthodes de combat d’un certain (adoré pour ma part) John Wick ?

Autres critiques : Charybde 27, Tu vas t’abîmer les yeux, Les petites lectures de Maud

La vérité sur la lumière – Auður Ava Ólafsdóttir

Puisses-tu connaître bien des aubes et bien des crépuscules.

Auður Ava Ólafsdóttir est une autrice islandaise déjà reconnue mais c’est la première fois que je lis l’un de ses livres et autant vous dire qu’il m’a beaucoup plu. Voici pourquoi.

Une introduction précède le début du roman expliquant qu’une étude a été réalisée en 2013 pour élire le plus beau mot pour les islandais. Ils ont choisi « ljósmóðir », littéralement « mère de lumière » qui correspond en français à « sage-femme ». Je suis passionnée par les langues et la beauté du mot m’a frappée tout autant que la signification induite par ce choix, qui célèbre la naissance et par extension la vie.

Nous découvrons le personnage de Dómhildur, surnommée Dýja. Elle tient son prénom de sa grande-tante, elle-même surnommée Fífa. Dýja est issue d’une longue lignée de sages-femmes, au moins une à chaque génération, qui remonterait à un célèbre accoucheur islandais appelé Nonni.
Sa soeur est météorologue, détail important alors que le récit se déroule à un moment climatique critique prévoyant une tempête spectaculaire.
Ses parents possèdent, quant à eux, une entreprise de pompes funèbres.
On peut donc dire qu’elle est reliée, d’une certaine manière, aux deux étapes les plus importantes vécues par un être humain : la vie et la mort.

On apprend que Dýja vit dans l’appartement de sa grande-tante décédée qui était elle aussi sage-femme dans la même maternité où elle travaille. Elle évoque la personnalité atypique de cette dernière. D’ailleurs, la citation que j’ai choisi en début d’article est l’une des phrases qu’elle employait pour accueillir les nouveau-nés.  Au fil des pages, elle retrace les moments passés avec elle et sa manière de pensée quelque peu particulière sur des thèmes très larges tels que l’existence, l’écologie ou encore le bien-être animal.

La route devant nous est nimbée de lumière.

Le style Auður Ava Ólafsdóttir est simple et direct teinté d’une certaine mélancolie. Elle donne l’impression de lire un conte quand elle évoque les aventures des sages-femmes irlandaises, ajoutant une pointe de poésie à ce livre très ancré dans le réel. En compagnie de Dýja, nous faisons un voyage dans le temps, grâce à ses souvenirs.
On discerne une tristesse ancrée en elle, un découragement, peut-être induit par le fait qu’elle a l’impression de revivre le même schéma de vie que Fífa sans l’impétuosité qui la caractérisait. Ou peut-être qu’elle est marquée par le fatalisme de sa grande-tante concernant l’être humain et ses capacités naturelles à détruire ce qui l’entoure.

En tout état de cause, ce livre invite à l’errance, au rêve et à l’introspection. Néanmoins, la fin m’a laissé un léger goût d’inachevé. C’est maintenant à vous d’en juger.

Ailleurs sur la blogosphère : Lettres d’Irlande et d’ailleurs, L’or des livres, Mademoiselle Lit

Spotlight – Tom McCarthy

Un film magistral à voir absolument !

Je sais que ce film n’est pas récent mais pour vous dire la vérité, il est repassé sur France 5 cette semaine et j’avais envie d’en parler. A chaque fois qu’il passe, je ne peux pas m’empêcher de le regarder et de rester littéralement scotchée à mon écran. Je me suis dit que c’était l’occasion d’une chronique, si ce n’est un éloge.

Ce long-métrage retrace l’enquête réalisée par le Boston Globe en 2002 concernant les abus sexuels qu’ont subi des enfants par des prêtres catholiques. L’équipe de journalistes a d’ailleurs été récompensée par le prix Pulitzer en 2003. Quant au film, il a été sacré meilleur film et meilleur scénario original aux Oscars en 2016.

Spotlight est donc le nom de la rubrique d’enquête du Boston Globe se consacrant au journalisme d’investigation. En 2001, le nouveau rédacteur en chef du journal, Marty Baron, demande aux journalistes de se concentrer sur le prêtre John Geoghan, accusé de pédophilie. L’équipe est composée de Michael Rezendes (Mark Ruffalo), Sacha Pfeiffer (Rachel McAdams), Matt Carroll (Brian d’Arcy James) et leur leader Walter Robinson (Michael Keaton). Ce qui avait commencé comme une histoire isolée devient une affaire de grande ampleur quand ils découvrent que de nombreuses personnes ont subi des crimes sexuels infligés par des personnes du clergé.
Ils entament alors un vrai travail de fond en essayant d’interroger les victimes mais aussi en se rapprochant d’un avocat déjà impliqué dans ces affaires, Mitchell Garabedian.

On peut reprocher à Spotlight une structure très classique rappelant évidemment Les Hommes du président ou se rapprochant du plus récent Pentagon Papers (The Post en anglais). Néanmoins, Tom McCarthy met en scène une enquête journalistique prenante accentuée de réalité quant aux modalités de travail des journalistes. De plus, on ne peut qu’admirer la justesse du jeu des acteurs qui se sont réellement documentés et ont essayé de se rapprocher le plus possible des personnages qu’ils incarnaient.
J’aime les différentes approches de chacun concernant le travail à effectuer : Rachel McAdams qui interroge les victimes, Mark Ruffalo en étroite collaboration avec l’avocat Garabedian ou encore Michael Keaton supervisant son équipe.
Pour ajouter au réalisme du film, le réalisateur a décidé de montrer comment cette entreprise affecte les personnages, les rendant plus humains et imparfaits.

ATTENTION SPOILER (SI VOUS N’AVEZ PAS VU LE FILM NE LISEZ PAS CE PARAGRAPHE)

Je veux vous parler de cette très belle scène (qui certes peut paraître facile mais que j’aime beaucoup) à la fin de Spotlight. Je ne peux m’empêcher d’être touchée quand ils arrivent au Boston Globe le dimanche et qu’ils se rendent compte que le téléphone n’arrête pas de sonner pour déclarer de nouvelles victimes. Je trouve que c’est à ce moment-là qu’il y a consécration. Leur implication et leur labeur a payé, ils ont été utiles et ont permis de mettre en lumière une injustice qui avait été cachée pendant des années.
Le générique du film, avec la liste des pays où ces actes ont été commis également, donne une nouvelle fois une dimension réelle au film. Il nous fait réaliser à quel point ces actes ne sont pas isolés et doivent être condamnés.

C’EST BON VOUS POUVEZ FINIR DE LIRE L’ARTICLE

Je veux simplement conclure en vous disant que si vous n’avez pas vu ce long-métrage, installez-vous devant un écran et visionnez-le. Il vous aura éclairé sur des faits qui restent encore actuels et vous aura fait passer un très bon moment. Et pour ceux l’ayant déjà vu, il n’y a aucun mal à le revoir (je regarde bien Le Seigneur des anneaux trois fois par an, version longue s’il faut le préciser).

Si vous souhaitez lire d’autres critiques : Le Blog du Cinéma, Les Téléphages Anonymes

Bac Nord – Cédric JIMENEZ

Aujourd’hui, je vous parle de ce film français qui a déjà fait couler beaucoup d’encre dans la presse : Bac Nord, sorti en salle en 2020.
Je tiens à vous dire dès à présent que je ne rentrerai pas dans le débat de la récupération politique dont ce long-métrage a fait l’objet.

Avant tout, un petit rappel des faits dont le réalisateur s’est inspiré : en 2012, 18 policiers de la brigade anti-criminalité du secteur nord de Marseille sont mis en garde à vue pour corruption, racket, trafic de drogue et enrichissement personnel. L’évènement fait scandale, les politiques et la presse s’en emparent pour relancer le débat sur les pratiques utilisées par les forces de l’ordre afin de procéder à des arrestations.

Dans sa réalisation, Cédric Jimenez a décidé de mettre en scène trois protagonistes interprétés par Gilles Lellouche, François Civil et Karim Leklou.
Ils incarnent trois policiers qui passent un marché avec l’un de leurs indic’. Le deal est simple : une information pour faire tomber un réseau important de drogue dans les quartiers nord de Marseille contre 5 kilos de cannabis. Leur hiérarchie donne son aval, ils arrivent à appréhender les trafiquants. Quelques mois plus tard, l’IGPN les arrête et les met en détention provisoire car leur supérieur prétend n’avoir jamais eu connaissance de cet arrangement.

Tout d’abord, la forme ! Je n’ai pas de critique négative particulière sur la cinématographie de ce film. Le metteur en scène offre un film nerveux, assez réaliste avec une scène particulièrement bien réussie lorsque les personnages se trouvent confrontés aux habitants de la cité. La tension de cette séquence est parfaitement menée, à mon sens.
J’émets toutefois quelques doutes concernant le jeu des acteurs. Gilles Lellouche donne une image assez archétypale de l’inspecteur de 50 ans qui n’a pas réussi à se construire en dehors de son travail. François Civil est le jeune des quartiers qui a préféré être flic plutôt que voyou. Quant au personnage de Karim Leklou, il « sauve » l’équipe avec son enfant et sa femme jouée par Adèle Exarchopoulos. Sans vouloir faire de raccourci, j’ai l’impression de retrouver la même composition que la série Braquo. En somme, peu d’originalité malgré un jeu pas si mauvais, sans être fantastique.

Ensuite le fond ! On comprend clairement que le metteur en scène a voulu critiquer un système en montrant ses défauts et ses incohérences. Les policiers de la BAC étaient portés aux nues, considérés comme des « supers-flics » donc on apportait peu d’attention aux méthodes employées. Cependant, personne n’était dupe. Jimenez dresse donc un tableau assez flatteur de ces « héros » qui prennent des risques afin de faire leur travail. Il pointe du doigt une hiérarchie qui détourne les yeux quand c’est arrangeant et qui crie au scandale en feignant de ne pas avoir su.
Je peux comprendre l’incompréhension de ces hommes qui pensaient être protégés par leur institution ainsi que le sentiment d’injustice d’être épinglés et pris en exemple pour des méthodes utilisées par le plus grand nombre de leurs collègues. Malgré tout, je ne peux adhérer au postulat faisant d’eux des victimes et non des coupables.
Je trouve donc que la manière dont le réalisateur traite ce sujet épineux est trop dichotomique. D’un côté la « méchante » institution qui ne protège pas ses agents, de l’autre les « pauvres » hommes piégés sans défense.

En outre, si vous voulez regarder un bon film français avec des flics flirtant avec la légalité, je vous conseille plutôt de (re)voir les films d’Olivier Marchal plutôt que la création de Cédric Jimenez.
Et avouons-le , on préfère Jean-Hugues Anglade et Nicolas Duvauchelle (Braquo) à Gilles Lellouche (désolée mais c’est la vérité).

Ailleurs sur la blogosphère : Cinexpressions, Christoblog

Le bleu ne va pas à tous les garçons – George MATTHEW JOHNSON

George Matthew Johnson est journaliste et militant.e LGBTQIA+ aux Etats Unis. Afin de respecter son choix, j’utiliserai le pronom « iel » ainsi que l’écriture inclusive dans cette critique.

Le bleu ne va pas à tous les garçons est une autobiographie qui a plusieurs aspirations : arrêter d’invisibiliser les personnes queer afro-américaines, donner de l’espoir aux adolescents se posant des questions sur leur genre ou leur sexualité et apporter des réponses à celles et ceux intéressés par ce sujet.
Le choix de mettre ce livre dans une collection Young Adult n’est donc pas innocent, c’est un souhait émanant du.de la journaliste.

A travers quatre parties distinctes et non chronologiques, l’auteur.ice évoque son parcours : son enfance dans le New Jersey entouré.e d’une famille unie, la découverte de son orientation sexuelle, ses premières expériences ou encore l’acceptation au sein d’une fraternité.
Iel partage ses interrogations, invoque ses souvenirs, parfois douloureux voire traumatisants.

Ce témoignage touchant permet de découvrir les questionnements et les espoirs d’une personne qui a su très tôt qu’iel ne correspondait pas à ce qu’iel considérait comme la norme et a du se protéger de l’environnement extérieur.
Sans tomber dans le pathos, George M. Johnson dresse la liste des obstacles qu’iel a du surmonter pour ne plus avoir peur de son identité et de l’assumer pleinement.

A mon sens, cet ouvrage est très représentatif des tentatives pour arrêter l’invisibilisation de certaines personnes dans le domaine culturel. Je me réjouis de lire cette autobiographie tout comme de pouvoir découvrir un personnage trans dans Sense8 ou encore de ne plus voir que des protagonistes blancs et cisgenre dans les séries et les films. Je suis intimement persuadée que c’est grâce à ce genre de production que l’on peut changer les choses en arrêtant de diaboliser « l’autre ».

J’ai toutefois une remarque à faire. Cette autobiographie s’inscrit exclusivement dans une culture afro-américaine. L’auteur.ice fait de nombreuses fois référence à l’histoire des Etats Unis ainsi qu’à la représentation de celle-ci.
Un lecteur ne faisant pas partie de cette communauté peut bien sûr ressentir de l’émotion et de l’empathie à la lecture de cet ouvrage mais il est plus difficile de s’identifier.

Pour conclure, si vous en avez assez de lire les mêmes discours émanant majoritairement d’hommes blancs, cisgenres et hétérosexuels et que vous avez envie d’apercevoir une petite lumière d’espoir : lisez l’autobiographie de George M. Johnson.

NB : Un ouvrage à lire pour tous mais qui pourrait ne pas être adapté à un public trop jeune car certains des passages sont très explicites.

Ailleurs sur la blogosphère : Alice Neverland, Home Sweet Read, Druspike

Le cercle des rêveurs éveillés – Olivier BARDE-CABUÇON

Paris 1926. Le psychanalyste Santaroga, ancien adepte de Freud passé du côté de Jung, fait la rencontre d’une mystérieuse russe blanche nommée Varya.
Remarquant que la jeune fille est dans une situation de détresse, il la prend sous son aile et lui propose un travail. Elle doit s’infiltrer dans un cercle de rêveurs éveillés afin d’élucider un mystère. Varya va donc enquêter sur ses membres afin de découvrir comment est mort l’ancien patient de Santaroga, Gabriel de la Biole.

Olivier Barde-Cabuçon livre un récit assez plat avec très peu de rebondissements. L’intrigue s’ouvre vraiment en milieu d’ouvrage, ce qui est assez long pour un roman policier historique. Il tombe dans tous les écueils de ce genre. L’écrivain propose archétype sur archétype. Nous sommes dans les années folles donc il faut absolument mettre en scène un surréaliste, une femme artiste, les mouvements nationalistes naissants après la Première Guerre mondiale et l’environnement classique : Pigalle. N’oublions pas le but du cercle qui est d’analyser l’inconscient à travers les rêves, sujet typique de l’époque, juste après le spiritisme.
De plus, le personnage de Santaroga est d’un manichéisme parfait. Il est grand, fort, plaît aux femmes mais a une nature intérieure profonde. Naturellement, il aide la jeune réfugiée sans l’ombre d’un intérêt personnel et se pose en figure paternelle presque immédiatement. Vous vous doutez que Varya se doit d’avoir un charme incroyable, d’être blonde aux yeux bleus (elle est russe enfin !) avec toutefois un courage et un caractère affirmé.
Le dénouement, censé donner un sentiment de satisfaction comme dans tout roman d’enquête, est bâclé et sans finesse.
Bref ! Une lecture qui m’a laissée de marbre, me faisant perdre un temps précieux.

Ailleurs sur la blogosphère : Garoupe, Lili au fil des pages, Ma dose d’encre